A la veille de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a donné des chiffres effarants quant à l’ampleur du phénomène. Plus de 7 300 cas de violences faites aux femmes, dont 5 350 cas ont été enregistrés au cours des 9 premiers mois de 2015, a indiqué hier à Alger, la Commissaire Slatnia Hayet de la Police judiciaire.

violence contre les femmes

Pendant ce temps au niveau du Conseil de la Nation, c’est «silence radio». La loi qui est censée protéger les femmes et votée par les députés à l’APN n’est toujours pas programmée. Cette situation de blocage d’une loi est dénoncée de façon unanime par différentes associations féministes. Elles réclament la promulgation de la loi pénalisant la violence faite aux femmes.
La programmation de ce texte, bloqué après son adoption à l’APN, même si elle n’est pas encore acquise devrait être connue aujourd’hui au Conseil de la nation. Entre espoir et appréhension, le souhait des associations qui prennent la défense de la femme est unanime : « Que le texte de loi pénalisant la violence faite aux femmes soit promulgué ! » Et pour cause, la violence multiforme contre les femmes ne cesse de croître, dans l’indifférence la plus généralisée, qu’elle soit conjugale, paternelle ou en milieu professionnel, d’où la nécessité d’examiner dans les plus brefs délais une loi bloquée il y a huit mois depuis sa première adoption par l’Assemblée populaire nationale, le 5 mars dernier. Première à avoir été invitée à réagir, Yasmina Chouaki, porte-parole de l’association Tharwa n’Fadhma N’soumeur, jointe hier au téléphone, déplore le fait que le gouvernement « ait cédé à la pression des conservateurs » qui, selon elle, étaient « derrière le blocage de l’examen de ce texte de loi » qui aurait garanti la dignité de la femme. Mme Chouaki ne souhaite ni plus ni moins que de voir la déclaration onusienne du 20 décembre 1993 respectée et appliquée en Algérie. Entre autres, la porte-parole de cette association féministe explique que cette déclaration de l’ONU appelle à la promulgation des textes de loi protégeant les femmes de toutes les violences et affirme son refus qu’elles soient entravées « sous prétexte de mœurs ou de pratiques religieuses ».
« C’est ce que font les islamistes en Algérie », soutient encore notre interlocutrice. « On nous détourne du vrai débat qui est la sécurité et la dignité de la femme. Chez nous, les islamistes s’offusquent de la longueur des jupes ou des bras dénudés, mais ne daignent pas réagir face à un meurtre d’une femme », en allusion à l’acte sauvage dont a été victime Razika, jeune femme tuée par un homme à Magra, dans la wilaya de M’sila, après avoir refusé ses avances. Jointe également, Soumia Salhi, membre de l’Association algérienne pour l’émancipation des femmes (AEF), juge « inacceptable » de reporter – si report il y a – l’examen d’une loi qui pourra contribuer à réduire le phénomène de violences contre les femmes. Elle souhaite que l’examen de la loi « ne soit plus entravé et ajourné au-delà des huit mois que nous avons déjà attendus et perdus ». Pour elle aussi, le « dangereux précédent du cas Razika » commande de « promulguer en urgence » ce texte de loi. L’horrible crime commis contre Razika résume la situation déplorable de la femme en Algérie. De son côté, Syham Hammache, membre du réseau Wassila, a également manifesté son souhait de voir le Conseil de la nation programmer dans son ordre du jour la loi pénalisant la violence à l’encontre des femmes. « Ladite loi est claire, elle a été présentée par le ministre de la Justice et approuvée par l’Assemblée. Il n’est plus question de la retarder jusqu’à mars 2016. » « Si la loi n’est pas programmée à la session d’automne, elle devra attendre l’ouverture de la session de printemps », conclut-elle. Dans le détail, sur les 7 375 cas de violences faites aux femmes, 5 350 sont des violences physiques, 22 cas d’homicides volontaires, 4 cas de coups et blessures volontaires entraînant la mort, 206 cas d’agressions sexuelles, 81 cas de harcèlement sexuel et 6 cas d’inceste ont également été enregistrés. Les violences faites aux femmes n’épargnent aucune tranche d’âge, mais les 26-35 ans sont les plus touchées avec 2 216 cas. Les femmes mariées sont les plus touchées avec 4 136 cas au cours des 9 premiers mois de 2015, a souligné la commissaire de police.
Ces actes de violence sont d’abord commis par des individus étrangers à la victime, mais aussi par l’époux, le frère, le fils puis le père de la victime, a-t-elle indiqué.
Mme Slatnia a affirmé qu’«Alger occupe la première place en termes de nombre de femmes violentées avec 1 159 cas, suivie des wilayas d’Oran et de Constantine».
Les associations de défense des droits des femmes pensent qu’il est plus que temps que le Conseil de la Nation assume ses responsabilités et dise s’il veut ou non qu’une loi protège cette catégorie de la population.