Face aux commentaires de la population et aux critiques assenées par l’opposition dans son ensemble, le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) prend fait et cause pour la loi de finances 2016, anticipant ainsi sur les actions de protestation envisagées par le «front» des détracteurs de ce texte de loi et invitant les sénateurs RND à cautionner la démarche enclenchée par le gouvernement. Dans une missive interne adressée aux cadres et militants de son parti, Ahmed Ouyahia convainc ses sénateurs de la pertinence des dispositions prévues par le texte de loi. En effet, il rétorque ainsi aux détracteurs de ce texte, expliquant que le gouvernement Sellal n’a fait que proposer des mesures à même de faire face à la baisse des revenus pétroliers, induits par les fluctuations défavorables du marché international du pétrole. Dans cette correspondance, adressée, certes, aux sénateurs RND, actuellement majoritaires au Conseil de la nation mais aussi au commun des citoyens et en perspective des actions qu’envisage une bonne partie de l’opposition, Ahmed Ouyahia explique que la politique d’austérité prônée par le gouvernement est dictée par la conjoncture économique. La loi de finances 2016 se propose de mettre l’Algérie à l’abri et éviter de recourir à l’endettement extérieur, enchaîne le secrétaire général du RND. L’augmentation des taxes n’est pas un précédent mais la première depuis la loi de finances 2000, a-t-il encore souligné. C’est une décision qui est motivée par la conjoncture défavorable des finances du pays, notamment la perte par l’Algérie de 40% de ses recettes en devises et 50% des recettes du Trésor. A situation particulière, l’Algérie se devait de prendre des mesures particulières, a dit également le secrétaire général. Faisant dans la pédagogie, Ahmed Ouyahia appelle ses cadres et militants à convaincre la population du bien-fondé des dispositions contenues dans le texte de loi, un texte programmé d’ores et déjà dans l’agenda du Conseil de la nation. Quant à la polémique autour des articles 71 et 66 de cette loi, Ahmed Ouyahia rétorque que ce n’est pas un précédent. Il a cru bon de rappeler à ce propos que l’article 22 de la loi de 1984 portant sur les lois de finances conforte l’article 71 de la LF 2016 et confère au ministre des Finances la latitude de procéder à des transferts de chapitres de la loi de finances en cas de menace des grands équilibres budgétaires.
S’agissant de l’article 66, ce dernier ne suppose pas du tout bradage du patrimoine public puisqu’en définitive il ne stipule l’ouverture au privé que les entreprises publiques d’importance moyenne ou mineure qui sont en difficulté financière, a expliqué Ahmed Ouyahia. «La lettre du secrétaire général du RND est un éclairage adressé aux sénateurs du parti sur la controverse créée par les articles 71 et 66 de la loi de finances 2016», fait observer le porte-parole du Rassemblement, Chihad Seddik. Même si ce dernier ne le déclare pas explicitement, les sénateurs du parti sont invités à ne pas se laisser emporter par le vent de contestation que ce texte a généré parmi les autres composantes de la scène politique et de la société civile.
La loi de finances 2016 a été adoptée à l’APN sur fond d’une contestation véhémente. Elle est inscrite sur l’agenda du Conseil de la nation. A moins d’une mauvaise surprise, elle devrait être adoptée allègrement, étant donné que ce sont les partis RND et FLN qui dominent les deux Chambres du Parlement. Fidèle à lui-même, et en écorchant l’opposition, Ahmed Ouyahia l’accuse de «faire preuve de malhonnêteté», de «surenchère» et de «populisme» et même de «manipulations sociales». Mieux encore, il appuie ses propos en indiquant que les «transferts sociaux augmenteront de 9% en 2016 et atteindront 1 800 milliards de dinars».