Peu de personnalités ont eu droit à des obsèques aussi importantes et imposantes. Hommage de la nation, hommage populaire, de son vivant Hocine Aït Ahmed ne pouvait penser que son départ deviendrait, durant 8 jours, l’événement national. La reconnaissance à «Da l’Ho» était prévisible puisqu’il fut l’un des artisans, des pères de la Révolution de Novembre. Ses adversaires pendant la guerre d’indépendance comme ceux de la période de liberté sont unanimes pour évoquer la grandeur de l’homme qui a été de toutes les étapes de l’Algérie moderne.

Les obsèques d’Aït Ahmed ont été des moments de communion nationale comme elles ont été des moments où certains ont quand même fait ressortir les clivages algériens. L’homme avait toujours fait passer l’Algérie et son destin avant toute autre chose. Il préférait se retirer pour laisser les choses mûrir plutôt que de s’engager et de les voir pourrir. L’homme aimait le combat politique, mais il aimait avant tout la vie. Les messages d’Aït Ahmed comme son parcours ne sont pas enseignés dans les écoles. Lui comme ses compagnons de lutte pour l’indépendance ne sont dans les programmes scolaires que faiblement représentés. «Un seul héros, le peuple», fut une citation noble, mais qui a effacé des mémoires les héros qui ont mené la lutte politico-militaire ayant abouti à l’indépendance du pays. Elle a également empêché les Algériennes et les Algériens de pouvoir trouver des modèles à qui s’identifier.
Ce rapport à l’Histoire et aux hommes qui l’ont faite sont des failles dans la construction identitaire nationale. Les centaines de milliers de personnes  présentes hier à l’enterrement de Hocine Aït Ahmed ont effectué cette démarche plus en raison de l’image qu’elles ont de l’homme et non de son œuvre. Chacune d’elles a des repères en tête, des actions ou un discours. Elles occultent, chacune à sa manière, l’œuvre immense et collective à laquelle ont participé Aït Ahmed et ses milliers de camarades au fil de l’Histoire récente du pays. La mise en terre de Hocine Aït Ahmed ne doit pas s’accompagner d’une amnésie. L’Algérie a eu ses vaillants, ses militants et ceux qui ont fait son Histoire. Il est important que les historiens comme l’école se mettent au diapason de cet engouement populaire pour rendre à la nation l’histoire des hommes qui ont fait qu’elle soit libre et indépendante. Au-delà du devoir de mémoire, il s’agit d’un impératif identitaire.