La disparition et les funérailles de Hocine Aït Ahmed vont certainement marquer l’histoire des médias en Algérie et en particulier celle, encore balbutiante, de la transition vers un paysage audiovisuel dominé par le privé. Depuis l’annonce de la disparition du leader national le 23 décembre dernier jusqu’à son enterrement hier sur les hauteurs de Aïn El Hammam, les chaînes privées se sont, en effet, distinguées par une couverture presque en complète et en «live» de l’évènement. Du jamais vu dans le PAA ! (paysage audiovisuel algérien). La preuve, aussi, que les chaînes «tout infos», comme on dit dans le jargon professionnel, répondent bien à un vrai besoin. Et que la décantation à laquelle appelle Hamid Grine, le ministre-patron du secteur, va se faire sur le plan professionnel. S’il existe une quarantaine de chaînes qui diffusent leurs programmes en Algérie, la plupart d’entre elles ont été absentes durant ces derniers jours et incapables de «coller» à l’évènement. A l’inverse, Al-Nahar en premier, Al-Chourouk ou Dzair News aussi sont parvenues à déployer d’importants moyens humains et matériels pour assurer la couverture en continu de la disparition de Hocine Aït Ahmed et de son impact sur la vie politique nationale. Ces chaînes de télé privées se sont imposées comme la référence en l’espace d’une semaine, augurant de positionnements stratégiques dans le champ médiatique algérien.
Ce dont à quoi le spectateur algérien a assisté durant ces sept jours, c’est à une sorte d’«américanisation» de l’information en Algérie : du «live» sur plusieurs heures de la journée et le choix de témoigner sur le vif de l’actualité. En ce sens, les funérailles de Hocine Aït Ahmed resteront dans l’histoire comme le premier évènement national à avoir bénéficié d’une couverture massive et en plusieurs points à la fois, donnant un sérieux coup de vieux à celle qu’assurait la télévision publique en pareille circonstance. Et si l’EPTV a relativement bien couvert les funérailles, avec des journaux du 20 heures bien étoffés, il se pose pour ce média désormais antique la faiblesse évidente qu’il a par rapport aux chaînes «tout infos» et, peut-être, la nécessité de créer une chaîne entièrement dédiée à l’information… Mais comme ce projet n’est pas à l’ordre du jour, l’enjeu pour cette chaîne dont le 20 heures reste le plus regardé en Algérie (sous réserve d’enquête d’audimat) est de le garder comme le rendez-vous majeur de l’information de la journée pour les Algériens.
Et ce n’est pas uniquement avec les communiqués officiels de la Présidence de la République et du gouvernement que ce challenge sera relevé, surtout à l’heure où les concurrents parient sur l’enjeu de l’information de proximité et de la diversification des programmes à caractère politique, économique et sociétal. Pour paraphraser un observateur du nouveau champ médiatique algérien, «les chaînes de télé privées ne sont pas encore parfaites, mais il y a du réel sur leurs écrans…».