L’Europe, berceau des droits universels, soudainement en prise avec le doute et à l’extrémisme qu’ont fait naître la crise de réfugiés, avait sans doute besoin qu’un musulman et immigré prenne les rênes d’une des plus importantes capitales européennes, et même au monde. Le député Sadiq Khan, membre de l’opposition travailliste britannique, est devenu maire de Londres, capitale de l’ex-empire britannique certes, mais surtout une métropole ouverte au monde et qui n’a pas peur du changement.

 

 

L’élection de ce musulman, fils d’un immigré pakistanais, est un message fort que les Londoniens envoient à toute l’Europe, en particulier à certains de ces pays qui couvent une crise identitaire exacerbée par les partis de droite qui ont trouvé dans la récente vague de réfugiés syriens un excellent « débouché » pour leurs slogans extrémistes et xénophobes. Le fait de voir Sadiq Khan à la tête de Londres sonne également comme une victoire contre l’islamophobie ambiante en Europe et le délit de faciès récurrent au niveau des capitales voisines. Un événement politique de grande ampleur qui donne une réponse aux politiques qui s’interrogeaient sur les capacités d’intégration des ressortissants d’origine non européenne, jusqu’à faire une fixation sur les musulmans, en première ligne après chaque attentat terroriste revendiqué au nom de l’Islam. Le profil même de Sadiq Khan est atypique, confirmant le fond cosmopolite et certainement humain des Londoniens qui ont jugé un homme par ce qu’il peut apporter à leur ville et non à sa couleur ni même à sa religion. Pour l’exemple et pour la presse, Sadiq Khan est présenté comme le fils d’un immigré pakistanais conducteur d’autobus, âgé de 45 ans, et qui a pu rafler 57% de suffrages contre son adversaire du jour, le conservateur Zac Goldsmith, 41 ans, fils du milliardaire Jimmy Goldsmith. Tel qu’il a été présenté également, M. Khan n’est pas un novice en politique puisqu’il est un ancien avocat des droits de l’homme, et dans la campagne qui l’a mené à la tête de Londres, il a eu à subir des attaques contre sa personne, notamment en raison de sa religion, l’Islam. D’ailleurs, même le Premier ministre conservateur, David Cameron, ne l’a pas épargné et l’a accusé de supposés liens avec des extrémistes islamistes. « Cette élection ne s’est pas passée sans polémiques, et je suis fier de voir que Londres a choisi aujourd’hui l’espoir plutôt que la peur, l’unité plutôt que la division », a déclaré M. Khan après la proclamation des résultats de l’élection, dans la nuit de vendredi à hier. « La peur ne nous apporte pas plus de sécurité, elle ne nous rend que plus faibles, et la politique de la peur n’est tout simplement pas la bienvenue dans notre ville », a encore dit le nouveau maire de Londres sous les applaudissements et les acclamations. Il est évidemment facile de considérer que les voix de ses compatriotes et celles de l’immigration lui ont été favorables et ont joué en sa faveur, mais cela n’enlève en rien au caractère hautement symbolique de son élection, saluée par ses collègues du parti Labour, à l’instar du chef du parti, Jeremy Corbyn. « Félicitations à Sadiq Khan. Je suis impatient de travailler avec toi pour faire de Londres une ville équitable pour tous ! », a déclaré Jeremy Corbyn sur Twitter. Député de Tooting, un quartier populaire du sud de Londres, M. Khan a également été ancien ministre. Il succède ainsi au conservateur Boris Johnson, un partisan d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. L’expert Tony Travers, de la London School of Economics (LSE), considère que l’élection de Sadiq Khan est un « remarquable signe du cosmopolitisme » de Londres, « ville monde » dont 30% de la population est non blanche. Un signal que Londres reste une métropole mondialisée et ouverte, mais aussi un signe « d’espoir » et d’encouragement à tous les Européens issus de minorités visibles pour s’engager davantage en politique.