Les entreprises algériennes sont toujours réticentes au dépôt des leurs comptes sociaux, participant à la rareté de l’information statistique et à la faiblesse de l’outil prévisionnel national. Au-delà des difficultés techniques à préparer ses comptes dans les délais, cette défaillance est attribuable au manque de la volonté de transparence chez ces entreprises. Selon un bilan communiqué par le Centre national du Registre du commerce (CNRC) via l’agence officielle APS, à peine 58 700 entreprises ont procédé au dépôt de leurs comptes sociaux pour l’année 2015, soit moins de 60% des entreprises concernées par cette obligation. Certes, un taux meilleur comparativement à 2014, mais qui reste désespérément en dessous des deux tiers, faussant toutes les statistiques économiques à court terme et engageant l’administration dans des poursuites judiciaires onéreuses. Dans ce contexte, il convient de noter que les comptes sociaux (bilan, rapport de gestion, rapport du commissaire aux comptes, etc.) présentent la situation financière d’une entreprise. Ils correspondent aux comptes d’une société sans intégrer les comptes de ses éventuelles filiales par opposition aux comptes consolidés qui intègrent l’ensemble des comptes des sociétés formant un groupe. Sont dispensées de cette obligation les petites entreprises qui peuvent garder leurs résultats confidentiels. En Algérie, près de 100 000 entreprises sont soumises au dépôt avant le 31 août de chaque année de leurs comptes annuels de l’exercice écoulé au CNRC qui les rendent accessibles au public, donnant un aperçu aux institutions et organismes financiers ainsi qu’aux opérateurs économiques de leur santé fi nancière. En tout cas, même si cette année présente des résultats meilleurs que l’année précédente (+5% de dépôts dans les délais) –«c’est un résultat satisfaisant d’autant plus que le taux enregistré devrait augmenter d’ici la fi n de l’année avec les dépôts effectués dans le cadre des modes de régularisation en vigueur», a souligné le directeur des publicités légales auprès du CNRC, Merzak Boulakehal –, cela reste en deçà des normes de transparence. Or, les moins enclins à déposer leurs comptes sociaux dans les délais restent les importateurs. A peine 46% d’entre eux ont déposé leurs comptes dans les délais cette année. C’est que les sanctions imposées aux contrevenants ne sont pas si contraignantes. Même le fait de se voir mis sur une liste noire d’opérateurs fraudeurs ne bénéficiant ni d’avantages fiscaux ni d’avantages douaniers ou liés à la promotion de l’investissement ou exclus de soumission aux marchés publics et des opérations du commerce extérieur, n’a pas amené la majorité des importateurs à afficher leurs comptes. Parce que si l’administration ne dispose pas d’assez de moyens pour poursuivre tous les contrevenants en justice afin de les contraindre à se soumettre à cette obligation, ils peuvent régulariser leurs situations quand bon leur semble en s’acquittant de petites amendes allant de 30 000 à 300 000 DA. Il convient enfin de signaler qu’il y a des disparités régionales en la matière. Les opérateurs de Mila dont 83% ont déposé leurs comptes sociaux dans les délais font preuve de plus de civisme que les autres opérateurs. Ceux de Chlef caracolent en tête des fraudeurs, seul un tiers parmi eux s’est acquitté de cette obligation dans les délais. La moitié des opérateurs domiciliés à Alger, les plus importants en nombre, se comptent parmi les retardataires.