Russes et Américains, qui soutiennent des camps adverses en Syrie, ont annoncé un accord sur une trêve devant débuter aujourd’hui lundi dans ce pays déchiré par cinq ans de guerre. Cet accord accepté par Damas intervient après d’âpres discussions marathon entre des délégations de militaires et de diplomates représentant les Etats-Unis et la Russie. Plus encore, les rencontres ne se sont pas limitées à celles les chefs de diplomatie des deux pays, John Kerry et Sergueï Lavrov. Un ultime sommet avait réuni les présidents Barack Obama et Vladimir Poutine la semaine dernière, en marge du Sommet du G20 de Hangzhou (est de la Chine) et à l’issue duquel, des diplomates avait confi é sous le sceau de l’anonymat qu’un accord était certes diffi cile à conclure mais proche. L’accord annoncé vendredi dernier conjointement par le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, au terme d’une journée marathon, coïncide avec le début des fêtes de l’Aïd el-Adha. «Les Etats-Unis et la Russie annoncent un plan qui, nous l’espérons, permettra de réduire la violence» et d’ouvrir la voie «à une paix négociée et à une transition politique en Syrie», a déclaré John Kerry, en compagnie de Sergueï M. Lavrov. «Moscou a mis au courant le gouvernement syrien de cet accord et il est prêt à le respecter», a ajouté M. Kerry. Selon les termes de cet accord, le régime syrien devrait s’abstenir de «bombarder et larguer des barils d’explosif» sur les zones tenues par l’opposition, à l’exception des secteurs sous contrôle des djihadistes. Des observateurs au fait du dossier syrien expliquent qu’avec la conclusion de cet accord, les Russes et les Américains sont parvenus à un terrain d’entente malgré de profonds diff érends. En eff et, les deux parties sont en désaccord sur le sort du président Bachar al-Assad, Moscou le soutenant alors que Washington réclame son départ. Toutefois, les deux puissances s’emploient à relancer un plan de paix adopté fi n 2015 par la communauté internationale et qui comprend un cessez-le-feu durable, de l’aide humanitaire conséquente et un processus de transition politique entre le régime et l’opposition modérée. Selon Sergueï Lavrov, le plan russo-américain «permet de mettre en place une coordination effi cace pour lutter contre le terrorisme, avant tout à Alep, et permet de renforcer le cessez-le-feu. Tout cela crée les conditions pour un retour au processus politique». Alep, la grande ville du Nord, connaît une situation humanitaire eff royable et les quartiers est contrôlés par les rebelles sont assiégés, rapportent des correspondants de presse. L’accord prévoyait le retrait des deux parties de la route du Castello, principal axe d’approvisionnement vers Alep, a expliqué John Kerry. Saluant l’annonce de la trêve, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staff an de Mistura, a dit «attendre de toutes les parties qu’elles facilitent les eff orts des Nations unies visant à livrer de l’aide humanitaire aux populations qui en ont besoin». En eff et, des trêves précédentes n’ont malheureusement pas été respectées. Mais il n’en reste pas moins que l’accord conclu entre les Etats-Unis et la Russie incluet une coopération militaire telle que réclamée de longue date par Moscou et sur laquelle les deux pays travaillent depuis des mois. Si la trêve dure «une semaine», les forces américaines accepteront de collaborer en Syrie avec l’armée russe, a expliqué John Kerry. «Les Etats-Unis acceptent de faire un pas supplémentaire car nous pensons que la Russie et mon collègue (Sergueï Lavrov, ndlr) ont la capacité de faire pression sur le régime Assad pour mettre fi n à ce confl it et venir à la table des négociations», a-t-il dit. En pratique, outre la lutte contre l’organisation terroriste Daech/Etat islamique (EI), les deux parties sont convenues de renforcer leur action contre toutes les forces djihadistes, notamment le Front Fateh alCham, ex-front al-Nosra qui a renoncé à son rattachement à Al-Qaïda. La coopération passera en particulier, si la trêve tient, par un partage d’informations pour des frappes aériennes, ce à quoi Washington s’était jusqu’à présent refusé. M. Lavrov a annoncé la création d’un «centre conjoint» russoaméricain destiné à coordonner ces frappes, «dans lequel des militaires et des représentants des services secrets russes et américains s’occuperont des questions pratiques: distinguer les terroristes de l’opposition modérée». Le Pentagone, de son côté, conditionne toute coopération militaire potentielle au respect total des engagements consignés dans l’accord russoaméricain.