Le long-métrage algérien «Chroniques de mon village» de Karim Traïdia a été projeté avant-hier au Théâtre régional Azzedine-Medjoubi d’Annaba, dans le cadre de la compétition du 2e Festival d’Annaba du fi lm méditerranéen, qui se tient jusqu’au 12 octobre prochain.

DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À ANNABA : SARA KHARFI]

Le fait de croire en quelque chose nous rend-il plus fort ou plus vulnérable ? Notre vie est-elle meilleure parce qu’on croit en une idée, en un idéal ? L’avenir se résumet-il à la concrétisation de cette idée ? Et quand on fi nit par atteindre l’objectif, ce en quoi on croyait, est-ce que notre vie devient meilleure du jour au lendemain ? Lorsqu’on fi nit par comprendre que ce à quoi on croyait ne nous a off ert ce qu’on attendait, que la désillusion prend le dessus sur l’euphorie et la joie, que faire ? Ces questions demeurent en suspens, dans le long-métrage «Chroniques de mon village» de Karim Traïdia, présenté samedi dernier à Annaba, en compétition du Festival d’Annaba du fi lm méditerranéen. Mais le grand intérêt du fi lm est que, justement, il suscite ces questions – et tant d’autres d’ailleurs –, qui se cristallisent dans les personnages de Bachir, jeune garçon de 9 ans qui apprend à grandir, et celui de Tchitcha (interprété par Mohamed Tahar Zaoui), un berger pour qui l’avenir se résume en un foyer (une ferme, un élevage, une femme, des enfants). «Chroniques de mon village» s’intéresse aux histoires minuscules des habitants d’un village algérien entre 1960 et 1962. Il a pour personnage central Bachir, autour duquel gravitent plusieurs personnages et histoires. Âgé de 9 ans, ce garçon «rêve de devenir fi ls de Chahid car ‘les fi ls de chahid auront tout à l’indépendance’». Abandonné par son père (joué par Hassan Kachach) qui a préféré vivre loin de sa famille, Bachir vit avec sa mère (rôle porté par la comédienne Mouni Boualem), ses trois frères, son oncle, et sa grand-mère (incarnée avec grand talent par la comé- dienne tunisienne Fatma Ben Saïdane), et mène une vie plutôt calme et simple. Brillant à l’école, curieux et observateur, il se lie d’amitié avec un soldat français – la mère lave le linge des soldats pour subvenir aux besoins de sa famille et c’est Bachir qui fait le coursier. Cette amitié avec François est complexe : parce qu’il croit en l’indépendance, il ne peut voir en François l’ami, mais plutôt l’ennemi. Cette relation est une étape, une halte importante dans le récit en grande partie autobiographique de Karim Traïdia, qui raconte avec subtilité et intelligence un village et les histoires de ses habitants. «Chroniques de mon village» est un fi lm foisonnant de sujets et de questionnement : il suggère et ouvre des pistes de réfl exion invitant le spectateur à faire l’eff ort de l’analyse, avec pour point de départ, un lieu, le village qui devient le «personnage» principal. La désillusion est un thème fort dans ce fi lm, qui fait sourire parfois et rire par moments (le public a applaudi et ri à plusieurs séquences durant la projection), mais qui est aussi empreint de mélancolie. La force de «Chroniques de mon village» est également dans les histoires minuscules des gens ordinaires, qui sont touchants par leur humanité, qui doutent et qui rê- vent, qui se posent des questions et tentent (sur)vivre, qui sont forts et fragiles. Au cours d’une conférence de presse, organisée à l’issue de la projection avec le réalisateur et ses comédiens, Karim Traïdia a expliqué qu’il a voulu «raconter la petite histoire de [sa] famille dans son village, en y ajoutant de la fantaisie et de la fi ction». Car, pour lui, «si chacun arrive à raconter sa petite histoire, nous pourrons raconter l’histoire avec un grand H».