Pour 2017, l’Opep prévoit une nette remontée des prix du pétrole et, par ricochet, un retour à l’équilibre du marché, mais n’écarte pas un effet retour de manivelle que provoquerait la hausse des cours.

En effet, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avertit que la perspective de prix du pétrole plus élevés en 2017 devrait pousser certains pays extérieurs à l’Organisation à pomper plus de brut qu’anticipé l’an prochain. En chiffres, la production des pays hors Opep devrait croître de 0,30 million de barils par jour (mbj) pour atteindre 56,50 mbj l’an prochain, après un repli de 780 000 barils par jour à 56,20 mbj. « Cela s’explique principalement par des attentes plus élevées en matière de prix pour 2017 », a expliqué l’Opep dans son rapport mensuel publié hier. Depuis la conclusion, samedi, d’un accord entre l’Opep et certains producteurs non Opep, l’euphorie qui a suivi l’évènement n’a pas empêché le surgissement des questionnements liés à l’attitude de certains gros producteurs, dont les Etats-Unis d’Amérique qui a vu sa production flirter avec les 10 millions de barils par jour sous l’effet de l’essor de l’industrie du schiste. L’Opep ne fait que traduire dans son rapport mensuel les appréhensions affichées par les analystes du marché. L’Opep estime à juste titre que les principaux contributeurs à cette hausse de la production attendue en 2017 seront le Brésil, le Kazakhstan et le Canada, qui compenseront des replis aux Etats-Unis, en Chine, en Colombie ou au Mexique, même si ces prévisions restent grevées par de nombreuses incertitudes, comme le rythme de la croissance économique ou l’évolution effective des prix. La production américaine est à suivre de plus près, tant elle s’imposait depuis plusieurs mois déjà en régulateur du marché. Elle a été même à la source de la chute vertigineuse des prix amorcée depuis juin 2014 sous l’effet de la surabondance de l’offre. Il y a donc un effet indésirable que pourrait susciter la hausse espérée des cours du brut, selon l’Opep, ce qui nuirait à l’objectif de rééquilibrage du marché, sujet de toutes les discussions tant au sein de l’Opep qu’avec les producteurs hors Opep. Les cours du brut ont déjà amorcé une forte remontée depuis l’annonce, le 10 décembre, d’un accord entre l’Opep et 11 pays hors Opep, dont la Russie, mais pas les Etats-Unis, le Canada et le Brésil, pour limiter leur production. L’Opep s’est fixée un objectif de production de 32,5 mbj à compter de janvier, tandis que ses pays partenaires devraient réduire leur production de 558 000 barils par jour. Ces efforts sur la production devraient contribuer au « rééquilibrage du marché pétrolier au second semestre de 2017 », selon le rapport de l’Opep. Entre-temps, la production mondiale a continué à grimper en novembre pour s’élever à 96,84 mbj, soit 0,53 mbj de plus par rapport au mois précédent. A elle seule, l’Opep a pompé à un niveau record de 33,87 mbj. Seule une hausse de la demande mondiale de pétrole pourrait sauver le marché d’une quelconque hausse de l’offre pétrolière prévue par l’Opep en cas d’une reprise accélérée des cours. Les pronostics à propos de la demande mondiale de brut plaident pour une légère hausse pour cette année du fait d’une consommation plus robuste qu’attendue en Europe et dans certains pays d’Asie. Elle devrait croître de 1,24 mbj à 94,41 mbj en 2016, puis de 1,15 mbj à 95,56 mbj l’an prochain, a indiqué l’Opep. Ainsi, pour pouvoir voir se concrétiser ses objectifs de rééquilibrage du marché, l’Opep devra veiller au strict respect des quotas fixés à chacun de ses membres, à tarabuster les producteurs non- Opep qui se sont engagés à réduire leur production, tout en surveillant de plus près l’évolution de la production américaine et celles des autres pays non concernés par l’accord de samedi dernier. Une équation à plusieurs variables dont la résolution se révèle un véritable casse-tête chinois.