Une vingtaine de syndicats autonomes ainsi que la Centrale syndicale UGTA ont répondu favorablement à l’invitation, hier, du ministre de l’Emploi, du Travail et de la Sécurité sociale.

Leur réunion avec Mohamed El Ghazi devait initialement porter essentiellement sur le code du travail en cours d’élaboration ainsi que sur la loi sur la retraite récemment adoptée par le Parlement. Mais elle a été axée finalement sur des discussions sur « le monde du travail et le dialogue social » auquel le ministre El Ghazi appelle.
Ces discussions ont été ouvertes et ont lieu en présence de la presse, signe selon les observateurs que le département du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale entend jouer la carte de la transparence dans sa relation avec les partenaires sociaux et dans la défense de son prochain grand dossier : l’amendement du code du travail. Syndicats et ministre, en tout cas, se sont parlé avec une remarquable courtoisie même si on a ressenti à certains moments un semblant d’embarras et de crispation dans les échanges entre les deux parties, indication selon laquelle elles ont mis du temps à se mettre autour d’une même table.
Indication surtout que les déclarations de nombreux syndicalistes présents à la rencontre ont été assez critiques de la politique sociale du gouvernement et de ses rapports avec les acteurs sociaux. Dans le fond, cependant, tous les syndicats autonomes ont, moyennant quelques nuances, manifesté à nouveau leur opposition à la réforme du régime des retraites et exprimé leur inquiétude quant au sort qui sera, selon eux, réservé au code du travail.
Seule la Centrale syndicale UGTA, représentée par son porte-parole Mohamed Guettiche, et violemment critiquée par les « autonomes », et accusée d’agir contre eux non pas comme partenaire mais comme adversaire, ainsi que le Syndicat national des médecins généralistes de santé publique (SNMGSP), se sont montrés en phase avec l’action et la vision de l’exécutif. Le représentant de ce syndicat, Abdelhamid Laouar, a d’ailleurs considéré qu’un « médecin ne part pas à la retraire, au contraire, il exerce sa profession jusqu’au dernier souffle ».
Prise de position ou simple réaction morale ? M. Laouar, qui ne compte pas parmi les adversaires de la réforme du régime des retraites dans notre pays, a fait remarquer que le manque de confiance entre les syndicats et le gouvernement est réel et « que le recours à la grève leur est imposé comme ultime choix».
Ali Bahari, président du Syndicat des corps communs et des ouvriers professionnels de l’Education nationale, a tenu pratiquement le même discours en affirmant être favorable au changement produit dans l’ancien texte de loi relatif au régime des retraites. «Parce que, a-t-il dit, il faut faire preuve de maturité, de conscience et de solidarité entre les différentes générations ».
Comme les autres syndicalistes présents, il n’a pas omis le fait, selon eux, que tous les acquis ont résulté des luttes que les syndicats ont menées à travers les mouvements de grève et de protestation. Un marqueur, selon eux également, que l’Exécutif a longtemps privilégié le rapport de force comme mode de règlement des conflits sociaux.

 

Syndicats autonomes, dur parcours…
Ainsi, pour Lamouri Laghliadh, secrétaire national de l’Union nationale des travailleurs de l’éducation nationale, une corporation affiliée au Snapap, « le manque de dialogue est constaté à tous les niveaux et dans tous les départements ministériels », une situation à laquelle il faut remédier, a-t-il préconisé au nom du principe même du dialogue social. Pour lui, le ministère du Travail comme le gouvernement en entier devraient se demander pourquoi y a-t-il aujourd’hui chez les travailleurs ce désir fort d’aller vers la retraite anticipée alors qu’auparavant l’idée même de partir en retraite normalement était mal vécue et qu’ils avaient la passion du métier.
Mohamed Hamidat, président du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement primaire (Snpapep), constatera dans le même sens que des « fonctionnaires au summum de leur carrière et de leur rendement optent pour la retraite anticipée.
Il considérera sans donner de détails que le nouveau code du travail actuellement en projet va provoquer un « clivage social » entre les travailleurs. Idir Achour, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), a relevé lui aussi que « les portes du dialogue s’ouvrent uniquement quand il y a une pression ou la peur d’une explosion sociale. Ce dialogue est occasionnel, a-t-il poursuivi. Soit on va vers un dialogue réel, soit on sera constamment en conflit», a-t-il lancé. « Nous sommes dans un pays où les lois ne sont ni appliquées ni respectées », s’est-il inquiété. Mourad Nekkach, président du Syndicat autonomes des postiers, « le droit syndical garanti par la loi ne l’est que sur le papier.
Dans la réalité, il reste lettre morte. On fait l’objet d’exclusion et d’ostracisme ». Saïda Akali, secrétaire générale du Syndicat des vétérinaires fonctionnaires de l’administration publique, a indiqué au ministre Mohamed El Ghazi que « des ponctions sur salaire ont été pratiquées après les derniers mouvements de débrayages auxquels notre syndicat a participé alors qu’on a assuré le service minimum et que le mouvement de grève est garanti par la Constitution ». « Quinze cadres du syndicat ont été licenciés et plus d’une centaine d’adhérents au syndicat ont été déférés devant des conseils de discipline », a souligné, pour sa part, Abdallah Boukhalfa, président du Syndicat autonome des travailleurs d’électricité et du gaz.

 

Mise en place d’un «trait d’union »
« Nombre de syndicalistes sont sous contrôle judiciaire ou licenciés abusivement», a regretté Lyes Merabet, du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP).
D’autres syndicalistes ont pris la parole pour délivrer le constat selon lequel la pratique syndicale reste fortement contrainte.
En réponse, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale a affirmé que les préoccupations soulevées par les partenaires, consignées dans une synthèse, seront adressées au Premier ministre, Abdelmalek Sellal.
Il a fait savoir qu’il désigne l’inspecteur général du Travail pour assumer le rôle de «trait d’union » entre les syndicats et la tutelle afin de maintenir entre eux les canaux de concertation.
A propos du projet de loi portant code du travail, Mohamed El Ghazi a déclaré qu’il pourra être revu parce que les discussions et les échanges pour son enrichissement ne sont pas encore terminés ni clos. « Ce code garantit vos droits. Transmettez-leur un message d’espoir sincère », a conclu le ministre en s’adressant aux syndicalistes. A suivre.