Au moment où le gouvernement redouble d’efforts pour réussir et la campagne électorale et le jour du scrutin législatif du 4 mai, un élément qu’on semble avoir ignoré pourrait perturber le bon déroulement du rendez-vous. Il s’agit du front social en constante ébullition et que les pouvoirs publics n’arrivent pas à faire rentrer dans leur ligne directrice. 

 

En effet, nombreuses sont les catégories de fonctionnaires et travailleurs de différents secteurs qui se préparent à des manifestations dès la semaine prochaine. Un détail qui semble avoir échappé à l’Exécutif, d’autant qu’il n’y a pas eu assez de tentatives de dialogue pour ramener à la raison les mécontents. Réunie samedi dernier, l’Intersyndicale de la Fonction publique a choisi le 1er Mai pour renouer avec la protestation. La date correspond bien à la Journée mondiale du travail. Mais, force est de constater qu’elle coïncide cette fois avec les législatives qui auront lieu trois jours après seulement.
Bien que le collectif des 15 syndicats n’ait pas appelé au boycott des élections, il serait tout de même difficile d’admettre que les travailleurs affiliés aux mêmes syndicats allaient tous se diriger vers les urnes trois jours après avoir manifesté leur colère contre le gouvernement et sa « sourde oreille » face à leurs revendications. Pire, il s’agit d’élire une nouvelle Assemblée populaire nationale (APN), alors que la précédente a signé, selon eux, la « mise à mort » de l’ancien régime des retraites proportionnelle et sans conditions d’âge.
Au fait, il n’y a pas que l’Intersyndicale qui promet de manifester. Vingt-quatre heures après le coup d’envoi de la campagne électorale, prévu le 9 avril, plusieurs catégories de travailleurs vont descendre sur le terrain. Ce qui va sûrement attirer l’attention des citoyens au moment où les partis et autres candidats libres vont prêcher pour leur campagne.
Il s’agit des gardes communaux, des proviseurs de lycée et des travailleurs de Sonelgaz. Les gardes communaux ont décidé, avant-hier, d’organiser une marche pacifique à l’entrée de la capitale, sans pour autant préciser l’endroit et ce pour réitérer leur attachement à leur plateforme de revendications concernant « la reconnaissance de leur statut, la revalorisation de la pension de retraite et la réintégration de tous les éléments radiés ». A ceux-là, s’ajoute le syndicat des proviseurs de lycée affilié au Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE) qui ont décidé de tenir des rassemblements à travers l’ensemble des wilaya, le 11 du mois en cours. Et, enfin, les travailleurs de Sonelgaz dont le syndicat autonome Snateg a appelé à une grève nationale de trois jours les 11, 12 et 13 avril. C’est dire le climat de tension sociale dans lequel se préparent les élections législatives du 4 mai que le gouvernement veut réussir à tout prix. Pendant que les partis politiques appellent à la participation massive, les syndicats, eux, s’inscrivent dans une autre perspective. Celle de poursuivre le combat pour des revendications socioprofessionnelles. L’Intersyndicale ne cesse de réitérer son mot d’ordre de lutte « pour le gel de la nouvelle loi sur la retraite », « contre le projet du code du travail » et « pour la préservation du pouvoir d’achat ». Des causes qui, semble-t-il, ne trouvent pas de place dans les programmes des partis engagés dans la course aux 462 sièges de la Chambre basse du Parlement. Ce qui conforte et élargit le fossé qui sépare la classe politique des citoyens, en général, de la classe ouvrière, en particulier. Au moment où les uns aspirent à accéder à l’APN, les autres, qui disent ne reconnaitre aucune crédibilité à cette Assemblée, sont préoccupés par la bataille du terrain pour améliorer leur cadre de vie et arracher plus de droits.
A maintes reprises, le Premier ministre, ou des membres de son Exécutif, ont appelé au vote pour «la préservation de la stabilité ». Des appels qui ne semblent trouver d’oreille attentive chez les syndicats frondeurs. La campagne s’annonce chaude ! n