L’Université algérienne vit au rythme d’une violence qui s’amplifie et prend des proportions inquiétantes. Après l’agression physique subie par un professeur universitaire de la Faculté des sciences politiques de l’université d’Alger 3 et l’agression de deux enseignants à l’université Mohamed-Boudiaf de M’sila,

la communauté universitaire vient d’être ébranlée par l’assassinat d’un professeur universitaire, Karaoui Sarhane, retrouvé mort au centre-ville de Tipasa. Une situation alarmante qui impose à «l’Université algérienne d’être réformée», considère le sociologue Nacer Djabi, qui s’interroge toutefois « si l’université est encore réformable » et « s’il existe une volonté politique pour mener une telle réforme», a-t-il affirmé dans nos colonnes hier.
«Sachant que cette réforme va aller à l’encontre des intérêts de quelques-uns, déranger et créer de la résistance et l’opposition d’une certaine partie des syndicats enseignants et des syndicats étudiants, quel est cet homme politique, ce responsable politique, qui acceptera de payer la facture politique d’une réforme de cette ampleur et de se mettre sous la coupe de grèves et de conflits», poursuit M. Djabi. Car, dit le sociologue, «une réforme met quatre ou cinq ans avant de donner des résultats palpables».
En ce qui concerne la violence qui a secoué l’Université récemment, allant de la violence verbale à la violence physique, le sociologue est sans concessions : «Nous ne savons pas ce que nous réserve l’avenir. Lorsque j’ai décidé de quitter l’université, des collègues ont critiqué ma démarche et m’ont reproché mon pessimisme. Malheureusement, l’évolution de la situation m’a donné raison. Récemment, des professeurs ont été victimes de violence comme cela avait été le cas à l’université d’Alger 3 et à l’université de M’sila, pour les cas dont nous avons entendu parler. La violence va se poursuivre et s’amplifier. Les conditions objectives existent encore. En fait, je suis contre ceux qui considèrent que la violence vient de l’extérieur, de la société. La violence est larvée à l’intérieur même de l’Université. Elle est visible dans les relations enseignants-étudiants-administration», regrette-t-il. «A une époque, l’enseignant ne fuyait pas la confrontation avec les étudiants lors de la remise des notes, comme c’est le cas actuellement», conclut M. Djabi.
Pour mémoire, le sociologue a annoncé en mai dernier sa décision de quitter une Université algérienne à «l’agonie» à laquelle le régime applique le même traitement qu’aux entreprises industrielles. Au lieu de les réformer, il les laisse mourir avant de les céder au dinar symbolique.