Le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’union nationale libyen, Fayez Sarraj, est attendu aujourd’hui à Alger pour des entretiens avec le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune et le ministre  des Affaires étrangères Abdelkader Messahel.

Les deux parties devront faire le point sur la situation politique et sécuritaire en Libye à la veille de l’arrivée pour consultations de personnalités libyennes dans notre pays. Elles devront également procéder à un échange de vue sur les développements politiques et diplomatiques intervenus depuis la rencontre du 25 juillet près de Paris entre M. Sarraj et son rival le maréchal Khalifa Haftar. Les deux principaux protagonistes du dossier libyen, rappelle-t-on, ont adopté avec le soutien de l’Elysée une déclaration commune en dix points, une première depuis la signature de l’accord de Skhirat au Maroc en 2015. Les deux frères rivaux s’engagent notamment sur un cessez-le-feu dans le pays, à l’exception de la lutte contre le terrorisme, et à la tenue d’élections « dès que possible ». On parle aussi de l’organisation de ces élections aux alentours de mars 2018, une annoncée saluée par le Parlement libyen et la Commission nationale libyenne des droits de l’homme qui a qualifié la déclaration de Paris de « très positive » pour le processus de règlement de la crise politique et la réussite de l’accord de décembre 2015. Cet objectif n’est toutefois pas envisageable à très court terme. A moins d’un rebondissement spectaculaire, le dossier libyen est suffisamment compliqué pour qu’il soit résolu du jour au lendemain, rappellent des observateurs. Certains ne cachent pas leur scepticisme et disent craindre que trop d’initiatives tuent l’initiative comme le craint la diplomatie algérienne. Il y a quelques mois déjà, le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel a mis en garde contre la « multiplication des agendas ». Il appelé à une unité d’action sous le parapluie des Nations unies. La désignation de Ghassan Salamé à la place de Martin Kobler risque toutefois de changer la donne. M. Salamé, grand universitaire, diplomate chevronné et spécialiste des questions internationales et du monde arabe notamment, est un Franco-Libanais. Des observateurs ont salué sa prouesse de faire asseoir à la même table et de mettre d’accord sur une feuille de route Fayez Sarraj et Khalifa Haftar qui refusait de rencontrer son prédécesseur Martin Kobler. Mais ils ont noté aussi qu’il a commencé sa mission de médiateur dans le conflit libyen en France et avec le soutien de l’Elysée.

Méfiance italienne
Pour certains c’est un détail, pour d’autres il s’agit d’un « coup diplomatique » de Paris pour défendre ses propres intérêts en Libye et de positionner favorablement dans ce pays. L’initiative de l’Elysée a d’ailleurs irrité publiquement l’Italie très impliquée dans le dossier et qui considère avec méfiance l’intervention française. La France ne doit pas répéter en Libye les erreurs commises par le passé », a commenté Sandro Gozi, secrétaire d’Etat italien aux Affaires européennes. M. Gozi, qui a pourtant été appelé au téléphone et informé de l’initiative par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, estime que l’engagement de Macron dans la crise « doit être inclusif » et s’appuyer sur « une relation spéciale » avec l’Italie. La course à l’influence et aux intérêts a incité il y a quelques mois la diplomatie algérienne qui préfère les initiatives des pays voisins de la Libye et de l’Union africaine à mettre en garde «contre la multiplication des agendas» dans le dossier. L’initiative française à laquelle Alger ne semble pas avoir réagi négativement, Le Drian et Messahel se sont parlé avant qu’elle n’eut lieu, peut lui donner raison. C’est ce qui explique l’empressement de Paris à rassurer sur ses intentions : stabiliser avant tout la Libye, un paramètre sans lequel il n’est pas possible de prétendre à une lutte efficace dans le Sahel contre le terrorisme et les trafics dont celui lié au flux migratoire. C’est ce qui motive aussi les déclarations du Premier ministre Fayez Sarraj. « Bien sûr nous avons besoin de l’aide de la communauté internationale, nous en avons parlé avec Ghassan Salamé, de la nécessité de l’appui des Nations unies notamment pour la supervision, le contrôle, l’organisation de ces élections afin que les résultats de ces élections soient transparents et acceptables pour tous », a-t-il rassuré. Il aura certainement l’occasion aujourd’hui de revenir sur cette question.