Le mensuel Afrique-Asie cesse de paraître. Le numéro de septembre était le dernier, a indiqué, dans un article, le journaliste et collaborateur du périodique Richard Labevière. Est-ce la fin d’une époque ? Le journal, lancé à Paris par Simon Malley, a fait les beaux jours de l’anticolonialisme et l’anti-impérialisme.

Classé à gauche, il a été considéré comme la « voix » des jeunes Etats indépendants progressistes, issus de la lutte anticoloniale et comme le porte-parole en quelque sorte des mouvements de libération en Afrique et dans le monde. Sur ce point, on peut dire que cette publication a largement rempli son rôle en tant que média porteur d’un discours, de thèses, d’idées et d’information alternative aux médias occidentaux. Sur ses couvertures, de la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1980, il y avait tous les chefs d’Etat et toutes les personnalités de ce qu’on appelait le tiers-monde qui défilaient. A côté d’eux, des dossiers et des analyses qu’on ne retrouvait pas dans d’autres médias partageant la même vocation de défendre un « nouvel ordre » mondial auquel appelait le président Boumediène, à l’âge d’or du tiers-mondisme et du non-alignement.

A l’époque de ses débuts, rappelle Richard Labévière, Le Monde place Afrique-Asie « au premier rang de la presse tiers-mondiste de langue française ». « Le titre s’inscrit dans la filiation de la conférence de Bandung (1955), à la convergence du non-alignement, de la Tricontinentale et des mouvements de décolonisation africains et asiatiques, précise-t-il. En cela, une page s’est véritablement tournée. Le contenu rédactionnel d’Afrique-Asie, même s’il est resté pertinent, est devenu très souvent inaudible, y compris dans les pays ou les capitales où il avait la vocation d’être lu et commenté. Ceux qui ont continué de le lire, notamment dans sa version électronique afriqueasie.fr, n’ont pas cessé d’apprécier ses analyses intelligentes des crises internationales et des conflits dans le monde avec un regard différent.
Sur le plan économique, Afrique-Asie a connu, il y a une trentaine d’années, des difficultés économiques qui ont obligé ses dirigeants à interrompre sa parution : c’était de juillet 1987 à octobre 1989, une époque de profond basculement à laquelle il a, cependant, survécu. En 2005, ils sont à nouveau obligés de faire un dépôt de bilan. « Simon Malley portera plainte contre l’administration fiscale, contestant les conclusions de cette enquête à charge qui finira par la liquidation de la société Afriasial, qui exploitait le titre. Le tribunal lui donnera raison, mais à titre posthume, car le fondateur historique du titre est décédé un an après avoir été contraint de déposer ce bilan », rappelle le journaliste Richard Labévière. En 2014, un contrôle « fiscal zélé » des autorités fiscales françaises a grandement fragilisé la publication jusqu’à la décision de ses dirigeants de procéder au dépôt de bilan. Le mensuel pourra-t-il se relever à nouveau ? Richard Labévière en semble convaincu. Il « renaîtra un jour, d’une manière ou d’une autre, parce qu’on ne peut décidément pas laisser le champ libre aux désinformateurs », écrit-il, en rendant hommage à un « titre historique ». Il reviendra alors à Majed Nehmé, rédacteur en chef d’Afrique-Asie depuis dix-sept ans, de le faire comme il l’a fait, il y a quelques années, en compagnie de quelques anciens journalistes.