Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a versé dans un surprenant plaidoyer en faveur de l’ancien ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil.

« Maintenant, il y a eu des explosions de pétards qui avec le temps se sont révélées être des injustices. Ce que Sonatrach a vécu, je l’ai dit et je le redis, beaucoup d’injustices ont été commises. Ce qui a été fait contre Chakib Khelil, beaucoup d’injustice, je parle de ces cas qui font l’actualité contemporaine et il y a des cas dans le passé également »,
a-t-il déclaré, tôt le matin, sur les ondes de la Radio nationale. Ahmed Ouyahia est le second responsable à défendre l’ancien ministre de l’Energie qui a été sacrifié en 2010 alors que l’affaire dite Sonatrach faisait tomber des têtes les unes après les autres. Durant les années où les personnes impliquées se succédaient au banc des accusés, il était impensable que l’ancien ministre, Chakib Khelil, puisse être maintenu à la tête d’un secteur. De 2010 à aujourd’hui, des choses ont été dites, des sentences ont été prononcées par la justice algérienne, un mandat d’arrêt international a été lancé contre Chakib Khelil avant que la justice ne se rétracte invoquant un vice de forme, alors que l’affaire Eni-Saipen suit encore son cours en Italie. Bizarrement, une voix s’élève des milieux officiels pour pointer des « injustices » dont a été victime l’ancien ministre de l’Energie et l’ensemble des cadres pris dans le piège de l’affaire dite Sonatrach. Mais quelle mouche a donc piqué Ahmed Ouyahia ? Pour nombre d’observateurs de la scène politique algérienne, sa sortie est loin d’être innocente. Le timing choisi ne l’est pas moins non plus. Avant lui, Amar Saïdani, alors patron du FLN n’a pas tari d’éloges à l’égard de Chakib Khelil, allant jusqu’à le placer sur le point culminant des compétences algériennes en énergie, mais aussi à croiser le fer avec un DRS accusé d’avoir fabriqué des dossiers contre l’ex-ministre de l’Energie. Passée l’ère Saidani, d’aucuns pensaient sérieusement qu’il était question de réhabiliter Chakib Khelil jusqu’à ce que Ahmed Ouyahia sorte de ses gonds et prenne la défense de l’ancien ministre de l’Energie. Sans doute, cette surprenante sortie d’Ahmed Ouyahia n’est point fortuite. En tout état de cause, les propos tenus par le Premier ministre en faveur de l’ex-ministre de l’Energie coïncident avec le projet de réforme de la loi sur les hydrocarbures annoncé par Ahmed Ouyahia, il y a quelques jours, lors d’une visite qui l’a conduit dans les installations de Sonatrach à Arzew. Ses propos interviennent aussi à l’heure où l’on tente à nouveau de « dédiaboliser » l’option des hydrocarbures de schiste que l’on qualifie d’inévitable sur le moyen terme. L’idée d’un timing en relation avec ces faits d’actualité est en train de s’affirmer dans l’opinion publique qui croit désormais à une tentative on ne peut plus claire de réhabilitation de l’ancien ministre de l’Energie. Chakib Khelil serait-il une valeur refuge aux yeux des hauts responsables, à l’heure où les impératifs de rehausser la production, de capter les investissements et de vendre l’image d’un domaine minier riche en hydrocarbures se posent plus que jamais avec acuité ? La question mérite d’être posée. Sommes-nous à un tournant d’un retour tonitruant de l’ex-ministre de l’Energie pour qu’il puisse se saisir des dossiers de l’heure ? Jusqu’à présent, personne n’est allé jusqu’à remettre en doute certaines décisions de la justice pour tenter de réhabiliter un personnage pour le moins problématique. Une reconnaissance même à demi-mot des compétences de Chakib Khelil dans des domaines qui captent l’essentiel des débats actuels.