C’est aujourd’hui que la délégation du gouvernement syrien devrait arriver à Genève pour participer au 8e cycle de discussions indirectes sur l’avenir de la Syrie sous l’égide de l’ONU.

Attendue lundi dernier, elle a retardé son arrivée à mercredi pour protester contre les déclarations de l’opposition réclamant à Riyad puis dans la métropole helvétique le départ du président syrien Bachar al-Assad avant tout règlement du conflit, mais aussi pour signifier aux Nations unies ainsi qu’aux parties adverses et leurs soutiens internationaux que les données du conflit syrien ont sensiblement changé.

Sur le terrain, en effet, les forces loyalistes, soutenues par la Russie et l’Iran, ont gagné des batailles importantes contre les groupes rebelles. Des territoires entiers auparavant sous contrôle de groupes armés d’obédiences différentes ont ainsi été récupérés et sécurisés. Après six ans de guerre, le régime de Bachar al-Assad a ainsi pu reprendre plus de la moitié de la Syrie et continue d’enregistrer de précieux avantages sur le front des hostilités. Ces victoires, pour être durables, demeurent cependant tributaires d’un gain politique et diplomatique qui ne peut avoir sérieusement lieu que sous le couvert des Nations unies- « seul cadre agréé par la communauté internationale», a rappelé hier la diplomatie française, et de la légitimité relative qu’elles peuvent apporter au pouvoir syrien.
L’objectif, pour le régime de Damas, est de montrer qu’il n’est pas réfractaire aux négociations tant que la question du départ du président al-Assad n’est pas posée –une revendication pratiquement abandonnée par toutes les chancelleries occidentales après en avoir fait un préalable indiscutable. L’enjeu, lui, est de gagner le maximum de temps pour continuer l’avancée militaire sur le terrain et assister à l’effritement de ce qui subsiste des poches d’insurrection djihadistes ou non-djihadistes.
Et de s’affirmer comme le maître d’un jeu auquel semblent souscrire déjà les puissances occidentales mais surtout les pays voisins de la Syrie comme la Jordanie et la Turquie. Ces pays, indiquait récemment à l’AFP Joshua Landis, spécialiste de la Syrie et professeur à l’université d’Oklahoma, «ont besoin que les réfugiés rentrent au pays, et de relancer les relations commerciales ».
A quel prix ? Celui d’une extrême indépendance du régime syrien vis-à-vis de ses alliés russe et iranien, qui ne le laisseront pas prendre de grandes décisions sans eux et qui agiront également en fonction des rapports de force présents et à venir. Selon l’agence officielle syrienne Sana, citant une source au ministère syrien des Affaires étrangères, la décision de venir à Genève a été prise « après deux jours d’intenses contacts entre les parties syrienne et russe ». La Russie sait qu’elle a besoin de l’ONU si elle veut pousser ses pions pour sauvegarder ses intérêts en Syrie, avancent des observateurs occidentaux. Avec l’aide de l’Iran, autre soutien de Damas, et de la Turquie, soutien des rebelles, le président Vladimir Poutine a organisé sept réunions mêlant opposition et régime syriens à Astana, au Kazakhstan. Quatre zones de « désescalade » des combats ont en outre été créées en Syrie. Il a également annoncé la tenue prochaine en Russie d’un « Congrès du dialogue national » syrien rassemblant tous les acteurs du conflit, qui devra servir de « stimulant » au processus de Genève.
Staffan de Mistura, le médiateur de l’ONU, qui se qualifie volontiers comme un « optimiste incorrigible », espère pouvoir centrer les discussions qui devaient commencer aujourd’hui sur la rédaction d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections sous l’égide de l’ONU, deux thèmes acceptables pour Damas.