L’année 2018 sera-t-elle celle de l’économie diversifiée que prône le gouvernement Ouyahia ? La question revient en cette fin d’année 2017, marquée par plusieurs décisions fortes de l’Exécutif pour améliorer le niveau de la production nationale, dans l’objectif de diversifier notre économie et compenser la baisse des revenus du pays occasionnée par le recul des recettes pétrolières.

Suspension de certaines opérations d’importations, promotion de formules de financement alternatives et augmentation de la fiscalité prendront effet dès le 1er janvier 2018. Le consultant en économie et finances, Smaïl Lalmas, en parle à Reporters :

Reporters : Quelles appréciations faites-vous des dernières décisions prises par le gouvernement pour soutenir l’économie nationale ?
Smaïl Lalmas : Nous voyons clairement que l’absence de vision et de stratégie économique a conduit le gouvernement à prendre des décisions hâtives sans réflexion, souvent de manière illogique et loin de la réalité économique. Nous avons constaté également l’enchaînement de décisions et de contre-décisions, jumelées à une absence de consensus et de partenaires représentatifs et crédibles, ce qui a d’ailleurs conduit le pays à la situation actuelle.

Les déficits sont toujours là, l’économie est toujours en panne et sans perspectives. Le gouvernement Ouyahia essaye de politiser toute action qu’il mène alors que tout le monde a compris que le secteur économique doit être géré par des professionnels et non par des politiciens.Y a-t-il néanmoins des motifs d’espoir pour l’année 2018 ?

Pour qu’il y ait espoir, il faut qu’il y ait d’abord des changements radicaux. Il faut restaurer la confiance pour encourager les initiatives positives au profit de l’économie nationale. Tous les pays qui ont réussi, se sont d’abord basés sur le critère de la confiance, premier incitateur de toute action de développement. Sans ce type de démarche, 2018 sera une copie conforme de 2017 et de 2016. Tous les efforts du gouvernement ont été jusque-là axés sur la gestion du déficit à travers les dispositions de la loi de finances 2018. Parallèlement, le pouvoir d’achat recule et il n’y a pas de perspective d’amélioration du climat des affaires.
Même s’il y a des avantages accordés à l’investisseur, il y a un paramètre qui fait défaut, celui de la confiance. L’investisseur ne vient pas dans un pays où il n’y a pas de visibilité, notamment au niveau réglementaire.
D’ailleurs, les investissements sont en baisse, et ce n’est pas de cette manière que nous allons encourager l’investissement.
Il faut aller vers un diagnostic profond et vers une stratégie économique visible, portée par des compétences crédibles et réaliser des choses concrètes. L’année 2018 peut être une année déterminante pour l’Algérie.

Pensez-vous que la suspension de 900 produits à l’importation est une initiative bénéfique pour l’économie du pays ?

Il faut d’abord rappeler une nouvelle fois que la régulation des importations par les licences a été le fer de lance de la politique du gouvernement qui pensait que la réduction de la facture des importations allait réduire l’impact de la crise. Or, réduire sans penser à d’autres mécanismes, ni à améliorer la production, reste une solution inefficace. Tout le monde est au courant du principal problème de l’importation, c’est-à-dire la surfacturation. C’est un phénomène qui reste très présent. On parle de 20 à 30% de surfacturation sur les produits importés. Imaginez ce que cela représente sur 40 milliards de dollars d’importations. S’attaquer à ce fléau, c’est s’attaquer aux causes qui poussent l’importateur à gonfler sa facture. Et l’une de ces causes est la différence entre la valeur de la devise au niveau de la banque et celle au niveau du marché parallèle. J’ai, personnellement, proposé une taxe sur les produits finis qui serait égale à la différence entre la devise sur le marché licite et le marché parallèle. Sur le terrain, on ne voit pas la mise en place de ce type de solution. Il y a eu la suppression des licences d’importation, chose que je réclamais avant même leur application. La mise en place de l’interdiction des 900 produits ne fera qu’encourager le « trabendo ». Il y a déjà une flambée des prix, on n’encouragera pas la production nationale ainsi. On ne parvient même pas à contenir l’importation de produits pyrotechniques, alors que dire d’autres produits !