Très attendue, la sortie d’Ahmed Ouyahia, jeudi et vendredi, à Zeralda devant les membres du conseil national de son parti, aura laissé plus d’un sur sa faim. En plus d’avoir botté en touche, elle était pleine d’allusions.

Il était neuf heures jeudi lorsque le secrétaire général du RND a pris la parole devant un parterre qui ne cachait pas ses inquiétudes, au regard des attaques répétées contre le parti, mais surtout les élus locaux qui ne cachent pas leur amertume d’avoir été victimes d’alliances contre nature concoctées par le FLN pour s’emparer de la majorité.
Ahmed Ouyahia choisira, d’emblée, d’ignorer superbement le sujet de l’actualité : à savoir la fameuse tripartie et ce qui en a découlé comme lectures, notamment la réplique du FLN et la directive présidentielle. Pas un seul mot, ni aucune allusion au sujet. En revanche, il s’attaquera avec une virulence rare au FLN, sans jamais le nommer, laissant prédire que la hache de guerre est désormais déterrée et qu’il faudrait s’attendre à tous les coups, surtout les plus bas, à l’avenir. En choisissant de ne plus faire le dos rond, Ouyahia accuse, indirectement, mais clairement, le FLN d’être à l’origine de ses ennuis. C’est pourquoi, il a choisi de répondre «du tac au tac» et de signifier à ses adversaires qu’il faudrait, désormais, compter avec le RND.

1980, des erreurs politiques
Première salve : Tamazight. Le SG du RND rappellera que le parti unique avait commis des «erreurs politiques» en 1980, «face à une simple conférence académique de Mouloud Mammeri». L’interdiction de la conférence, pour rappel, était l’élément déclencheur du «printemps berbère».
L’orateur fera, cependant, une exception : le Président Bouteflika qui, à l’époque, était membre du comité central du FLN, «avait exprimé son désaccord». Ahmed Ouyahia ne manquera pas de louer les mesures prises par le chef de l’Etat, en vue de corriger cette erreur, que le FLN ne reconnaîtra pas.
Le patron du RND saluera le Président de la République qui «a libéré l’Algérie de ses malentendus et de ses hésitations», s’agissant de l’Amazighité rappelant également l’introduction «timide» de la dimension amazighe de l’identité nationale dans le préambule de la Constitution de février 1989.
«Comparons tout cela avec l’enseignement de Tamazight à l’école publique depuis 1995, avec la constitutionnalisation de Tamazight, langue nationale et officielle depuis 2016, avec la proclamation de Yennayer fête nationale chômée et payée en 2017, et ajoutons-y que l’Algérie a organisé une commémoration nationale sous le haut parrainage du Président de la République, pour le centenaire de Mouloud Mammeri», a poursuivi le SG du RND, relevant que ces évolutions «ont été balisées de martyrs de la cause amazighe, y compris de jeunes enfants, et le RND s’incline à leur mémoire». Le «clou» de l’intervention du SG du RND intervient lorsqu’il évoque le bilan politique de son parti, avec les deux dernières élections (législatives et locales). Les élus l’attendaient de pied ferme pour dénoncer l’injustice dont leur parti aurait été victime.

Législatives et locales : le RND réhabilité…
M. Ouyahia dira que le parti est sorti, «la tête haute», des élections législatives et locales. Une affirmation qui laissait la salle de marbre, avant d’asséner le coup à son frère ennemi, le FLN, en affirmant que «les deux élections de l’année 2017 ont définitivement réhabilité notre Parti aux yeux de nos compatriotes.
Après avoir été injustement accusé de fraude en 1997, le RND a été lui-même victime localement de dépassements souvent graves», a-t-il tonné. Cette affirmation a fait exploser la salle qui s’est levée, comme un seul homme, pour saluer longuement le patron du parti, avant que ce dernier ne leur rétorque, avec un langage populaire : «Je sais que vos cœurs sont remplis» (traduisez : je sais que vous avez gros sur le cœur à cause de l’injustice). Ahmed Ouyahia n’évoquera aucunement l’échéance présidentielle de l’an prochain, préférant insister sur le renforcement des rangs du parti, à travers un travail continu et soutenu en direction de la population.

Défense des choix économiques et soutien au président
Tout en réitérant le soutien de son parti au Président de la République, il a défendu les choix économiques du gouvernement et martelé que les réformes étaient indispensables, en rappelant que la loi de finances 2018 ne comportait pas de taxes supplémentaires et qu’elle maintenait intacts les transferts sociaux. Tout comme, il s’est félicité du recours aux emprunts du Trésor auprès de la Banque d’Algérie qui ont permis à l’Etat de rembourser ses créanciers, de lever le gel sur un grand nombre de projets socioculturels, et d’élaborer un budget pour 2018 orienté vers la relance économique et la justice sociale. Il se réjouira du fait que le pays ait pu tenir le coup, face à la crise financière, tout en maintenant sa politique sociale, et citera les programmes de logements et les efforts consentis dans le domaine de l’éducation, comme exemples du maintien de la politique sociale de l’Etat.

Le Maroc ciblé…
Sur le plan international, le RND s’aligne sur les positions de l’Etat algérien, dira-t-il, avant de s’attaquer au Maroc, sans le nommer, pour son implication dans le trafic de drogue qui inonde le marché algérien «C’est là une véritable agression contre notre peuple à travers une tentative d’empoisonner notre jeunesse et de ralentir notre développement. C’est là aussi une insulte grave envers l’avenir commun des peuples maghrébins».
Il saisira l’occasion pour réitérer le soutien de son parti à la cause sahraouie et au plan onusien pour son règlement, tout comme sa solidarité au peuple palestinien et son combat pour son indépendance.
Ahmed Ouyahia reviendra, hier vendredi, à l’issue des travaux du conseil national du RND, dans une brève allocution, sur le soutien indéfectible de son parti au Président de la République, indiquant que cela découlait de convictions profondes. Taclant, une nouvelle fois, son frère-ennemi, il dira que sa formation «ne revendique pas ce qui appartient à tout le peuple algérien, et qui est le Président de la République».
Le patron du RND saisira cette occasion pour réitérer son appel pour le renforcement des rangs du parti en ciblant particulièrement les jeunes et les femmes, et surtout en utilisant à bon escient les réseaux sociaux.
Enfin, Ahmed Ouyahia a indiqué que son parti jouait un rôle important dans la prise de conscience des citoyens et l’introduction du réalisme auprès de l’opinion publique, loin des discours résonnants.