Depuis 2003, les grèves cycliques et illimitées sont devenues une fatalité, voire un passage obligatoire dans nos établissements scolaires. Pratiquement, le secteur de l’éducation nationale enregistre chaque année des grèves et autres actions de protestation pour réclamer une amélioration des conditions socioprofessionnelles des enseignants et autres employés du secteur.

Les élèves ainsi que leurs parents sont habitués à ces perturbations à répétition qui témoignent du mal qui ronge ce segment qui compte plus de 8 millions d’élèves et près d’un million d’employés. Le coup d’envoi de cette instabilité, qui met en péril l’avenir des générations futures, a été donné par la grande grève menée durant l’année scolaire 2003/2004 par deux syndicats, non encore agréés à l’époque, à savoir le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) et le Conseil des enseignant du secondaire et technique (Cnapest). Cette grève qui a duré plus de deux mois a failli provoquer une année blanche. Le retour à la normale n’a été possible qu’après une hausse de salaires des enseignants du secondaire de 5 000 DA ainsi que le recours à la justice pour ordonner la fin de la grève. C’est en cette année aussi que des dizaines de milliers de travailleurs du secteur de l’éducation avaient quitté les rangs de la Centrale syndicale pour aller renforcer les syndicats autonomes devenus le seul acteur social, notamment dans le palier secondaire.
Depuis cette longue grève, le recours à la protestation est devenu une pratique courante pour faire pression sur le ministère de tutelle. Les rencontres périodiques entre syndicats et la tutelle n’ont pas permis de stabiliser ce secteur névralgique. La reconnaissance des syndicats, la démocratisation de la gestion des fonds des œuvres sociales, la hausse des salaires, la révision du statut particulier des enseignants et la promulgation du régime indemnitaire sont des acquis tous arrachés par les syndicats autonomes après de longues périodes de grève généralement illimitée.
Le dialogue et la concertation deviennent l’ultime recours au lieu d’être la règle générale de règlement des conflits. Une situation qui pénalise lourdement des élèves  qui se trouvent à chaque fin d’année scolaire avec une longue liste de cours non dispensés qui se répercutera, sans aucun doute, sur le niveau de leur formation.
Cette année encore, les élèves, notamment les lycéens, payent les frais de cette pratique qui risque de devenir une tradition. La grève « illimitée » que mènent les enseignants affiliés au Cnapeste est sur le point de clôturer son premier mois sans qu’une issue ne se dessine à l’horizon. La détermination du syndicat à aller jusqu’au bout dans son action et l’entêtement du ministère de tutelle mettent, encore une fois, les élèves des classes d’examen dans le désarroi et les plongent dans l’incertitude. Or, selon les spécialistes de la pédagogie, les élèves doivent être à l’abri de toute pression pour qu’ils se concentrent pleinement sur leurs études.