Au lendemain du massacre perpétré le long de la frontière avec Gaza par l’armée israélienne qui a fait 16 morts et 1 400 blessés parmi les civils palestiniens, le président de l’Autorité palestinienne a appelé les Nations unies à mettre en place « immédiatement » une protection internationale du peuple palestinien.

« Le lourd bilan de l’agression israélienne commise vendredi contre des Palestiniens qui manifestaient pacifiquement à l’occasion de la Journée de la terre souligne la nécessité pour la communauté internationale d’intervenir en urgence pour protéger le peuple palestinien sans défense », a-t-il déclaré dans un discours.
A moins d’une évolution majeure et durable sur le terrain opérée par exemple par la multiplication des manifestations palestiniennes pacifiques en ces journées devant conduire d’ici mai prochain à la commémoration des soixante-dix ans de la « Nakba » de 1948, synonyme de la création de l’Etat sioniste, l’appel de Mahmoud Abbas, pourtant, risque d’être sans suite.
Pour preuve, et en dépit du « nombre choquant » des victimes dénoncé par des ONG américaines de défense des droits de l’homme à l’exemple de Human Rights Watch, l’administration du président Donald Trump s’est dit « profondément attristée par les pertes humaines à Gaza », appelant à « des mesures pour faire diminuer les tensions ».
Pour preuve également, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, réunis en urgence vendredi soir sur cette répression, à la demande du Koweït pour évoquer la répression israélienne, ont été incapables de s’entendre sur une déclaration commune tandis que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à « une enquête indépendante et transparente » sur les événements tragiques survenus vendredi

A Bruxelles, la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé samedi à une « enquête indépendante » sur l’usage de munitions réelles par l’armée israélienne. « L’usage de munitions réelles doit faire l’objet d’une enquête indépendante et transparente », a-t-elle déclaré, soulignant dans un discours que l’UE « déplorait » les morts et adressait ses condoléances aux familles des personnes tuées.
Hier, samedi, une nouvelle réunion d’urgence du Conseil de sécurité a eu lieu à l’initiative du Qatar mais sans déboucher elle aussi sur un accord. Devant cet échec, le porte-parole du président Mahmoud Abbas a accusé les Etats-Unis de bloquer une résolution à l’ONU condamnant les violences de l’armée de l’occupation israélienne.
« Cette attitude, a dénoncé Nabil Abou Roudeina dans un communiqué, permet à l’Etat hébreu de poursuivre son agression contre le peuple palestinien et l’encourage à défier les résolutions appelant à l’arrêt de son occupation des territoires palestiniens ». « La direction palestinienne et le mouvement populaire se poursuivront jusqu’à ce que nous obtenions nos droits légitimes et continueront de dénoncer la politique d’occupation que ce soit devant le Conseil de sécurité de l’ONU ou l’Assemblée générale des Nations unies où nous demanderons une protection internationale pour notre peuple sans arme »,
a-t-il ajouté.

Alger condamne un « massacre de civils pacifiques »
La paralysie du Conseil de sécurité et l’incapacité de ses Etats membres à adopter une déclaration de condamnation a révélé l’ampleur du soutien dont bénéficie Israël auprès des puissances occidentales et auprès d’autres pays. Jusqu’à hier, aucune des grandes capitales occidentales, en effet, n’a fermement et clairement condamné le massacre des civils palestiniens. Aucune ne s’est souciée de la boucherie commise par les snipers de l’armée israélienne. Les seules réactions de refus et d’indignation sont venues des organisations non gouvernementales et des groupes politiques et associatifs de gauche.
Les condamnations sans équivoque sont venues de pays comme l’Algérie qui a condamné hier « fermement le massacre perpétré par les forces d’occupation israélienne contre les participants aux manifestations pacifiques, organisées vendredi par le peuple palestinien, à l’occasion de la commémoration du 42e anniversaire de la Journée de la Terre». Alger a dénoncé « avec force » l’escalade grave et les « violations flagrantes» par Israël des chartes et lois internationales, appelant la communauté internationale à garantir « rapidement » la protection totale du peuple palestinien désarmé.
L’Iran a, pour sa part, condamné le « massacre sauvage » des Palestiniens par Israël. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi, a condamné « le massacre sauvage d’un grand nombre de Palestiniens par les forces militaires racistes du régime sioniste ». M. Ghassemi a ajouté que « les soutiens sans limite du (président américain Donald) Trump et de l’administration américaine et les efforts honteux de certains dirigeants novices et ignorants de la région qui essaient d’établir des relations cachées et honteuses avec (Israël) ont rendu les dirigeants du régime sioniste plus insolents». On comprend qu’il désignait l’Arabie saoudite et son rapprochement avec Israël, un processus fortement appuyé aujourd’hui par l’héritier du trône, le prince Mohamed Ben Salmane actuellement en tournée aux Etats-Unis où il a eu des discussions avec de puissants représentants du lobby sioniste dans ce pays. Seul membre permanent du Conseil de sécurité à exprimer son indignation, la Russie a condamné hier samedi dans des termes propres à elle l’«utilisation aveugle de la force contre la population civile », souligne une déclaration de son ministère des Affaires étrangères. « Nous condamnons fermement l’utilisation aveugle de la force contre la population civile. Nous appelons les parties à s’abstenir de prendre des mesures susceptibles d’entraîner une escalade supplémentaire des tensions et une aggravation de la situation », selon un commentaire du Département de la presse et de l’information du MAE russe. La détérioration de la situation « confirme une fois de plus le besoin urgent pour la communauté internationale d’intensifier les efforts en vue de relancer la recherche d’un règlement israélo-palestinien équitable, fondé sur une base juridique internationale universellement reconnue », poursuit le document du MAE russe qui considère que « ce n’est qu’alors que les aspirations nationales légitimes des Palestiniens pourront être réalisées et que la sécurité d’Israël sera assurée ».