Le privé est, pour moi, un partenaire incontournable au service de la santé publique, a tenu à préciser le Directeur de la santé et de la population (DSP) de la wilaya de Tipasa qui, dans cet entretien, fait le point sur la controverse avec les responsables de la clinique Boudjella de Hadjout, qui se sont sentis, injustement, incriminés au cours de la dernière session de l’APW et auxquels il serait reproché, entre autres, de détourner le personnel médical et paramédical des hôpitaux.

Reporters : Les responsables de la clinique privée Boudjella de Hadjout ont été surpris par votre intervention à l’APW et considèrent qu’elle est calomnieuse et injustifiée. Qu’en dites-vous ?
 Amrani Djassim Toufik : Les prestations des cliniques du secteur privé sont, pour moi, incontournables et je les considère comme étant un partenaire incontournable au service de la santé publique.
Je pense qu’il faut, d’abord, expliquer les raisons de mon intervention sur la clinique Boudjella de Hadjout. Le rapport de la commission santé de l’APW, qui a visité la clinique, avait fait des commentaires en expliquant que le directeur de la santé a refusé de valider l’extension de la clinique Boudjella alors que c’est faux. Le second point soulevé dans le rapport avait trait à l’approvisionnement en produits sanguins de cette même clinique.

Selon M. Boudjella, le rapport de la commission quant à la situation de la clinique était plutôt positif, non ?

Le rapport de la commission de l’APW avait juste soulevé ces deux problèmes, mais a, surtout, dit du bien et parlé en termes positifs de la clinique ophtalmologique Cristal de Sidi Ali qui se trouve à Hadjout et c’est, effectivement, une clinique qui fonctionne très bien et ne pose aucun problème. Elle avait d’ailleurs été même retenue dans un programme de visite du ministre de la Santé pour son inauguration.
Dès mon arrivée à Tipasa, j’ai reçu Dr Boudjella et lui ai expliqué que des rapports m’étaient parvenus pour signaler que sa clinique travaillait avec du personnel du secteur public. Il m’a promis qu’il mettrait fin à ce genre de pratique. Malheureusement, des années après, on se retrouve au même point. Il y a toujours des praticiens et même des sages-femmes et autres personnes du paramédical qui exercent chez lui sans autorisation, qui font des gardes sans être déclarés comme tels. Je ne parle pas de l’activité complémentaire pour les médecins pratiquée jusqu’en 2014 mais des infirmiers et autres.
Comme vous le savez, depuis 2014, le ministère de la Santé a mis fin à cette disposition mais, hélas, des praticiens continuent de le faire et à exercer au niveau de la clinique, tout le monde le sait. J’en ai parlé, également, aux praticiens et il n’y a pas eu de suite de notre part ni de sanctions, car il s’agissait, pour nous, de développer la concertation et le dialogue avec comme objectif de mettre en place une complémentarité et un partenariat entre secteur public et secteur privé.
Pour ce qui est de l’autre question soulevée, celle des produits sanguins, j’ai expliqué que nous avions mis en place un nouveau dispositif  au niveau du Centre de transfusion sanguine (CTS) de Tipasa, en créant des banques du sang dans les différents établissements de santé pour pallier le déficit en personnel. Le rôle de la banque du sang est de collecter les poches et les stocker et non pas de contrôler le sang avec, bien sûr, en bout de chaîne, une traçabilité afin d’éviter ainsi de jeter du sang collecté auprès des citoyens, faute d’utilisation.
Donc, on a signé une convention avec la clinique Boudjella pour approvisionner sa clinique au niveau de la banque et contourner ainsi les problèmes de déficit en personnel, de gardes, etc. On est, en effet, en sous-effectif mais on a trouvé que mettre en place une garde d’urgence, jusqu’au matin, n’était pas possible surtout pour ceux qui viennent, par exemple de Koléa ou Gouraya. Alors on a opté pour les banques du sang au niveau des établissements publics et privés.
Mais est-ce légal de stocker du sang dans les cliniques ?
Oui, bien sûr. Dans les établissements publics ou dans les centres d’hémodialyse, on a mis en place le même système de banques du sang qui sont approvisionnés selon leurs besoins sur la base du programme opératoire. Ils ont, aussi, une quantité de sang des différents groupes pour les urgences. C’est juste une question de gestion dans la clinique qui obtient tous les quotas voulus.
 
Le rapport de la commission de l’APW vous a, également, reproché de bloquer le projet d’extension de la clinique…
J’ai répondu en expliquant que l’extension n’était pas de mon ressort puisque le dossier passe par le ministère de la Santé. Le dossier est déposé chez nous et notre architecte, recrutée en 2015, fait les remarques d’usage et l’étudie avec le promoteur avant de le valider. On le transmet, par la suite, au ministère qui tranche et accorde ou pas le projet.
Nous avons expliqué qu’il est impossible de donner l’accord tout de suite puis de régulariser après, ce n’est pas possible on n’est pas dans la 08/15 (allusion à la loi visant la régularisation des constructions illicites). De plus, il faut signaler que des réserves ont été signalées qu’il doit lever avant d’obtenir l’accord. On ne voulait pas le bloquer du tout. Il y a des normes à respecter, à expliquer à nos services car il s’agit d’une structure sanitaire avant la validation du ministère de la Santé.
Le Dr Boudjella vous reproche de lui imputer la responsabilité du personnel du secteur public qui exercerait chez lui alors que cela est, normalement, de votre ressort. Autrement dit, selon lui, il serait plus logique que vous sanctionniez le personnel médical et paramédical de la clinique publique en question au lieu d’incriminer la clinique.
Non, je ne suis pas d’accord. Car pour sanctionner il faut  prendre les personnes en question en flagrant délit, n’est-ce pas ? En fait, si je l’avais fait, on aurait dit que le DSP s’acharne sur le personnel de la polyclinique. J’ai préféré informer le Dr Boudjella, dès mon arrivée, car c’est lui qui recrute, qui détourne le personnel. J’ai préféré utiliser le dialogue au lieu de la sanction en parlant avec les sages-femmes et en les mettant en garde. Elles m’ont confirmé qu’elles exerçaient dans la clinique et, par conséquent, je les ai prévenues qu’elles risquaient des sanctions sévères et elles ont décidé d’arrêter. Comme vous le savez, nous avons un grand problème de paramédicaux. La clinique doit travailler avec son propre personnel fixe et non pas puiser dans celui du public qui veut, ainsi, arrondir ses fins de mois. Ceci est non seulement, pas réglementaire, mais interdit par la loi. Donc j’ai parlé aux parties pour éviter d’en arriver aux sanctions.
En tout cas, même si j’en ai parlé publiquement, devant des cadres de la wilaya et des élus, ce n’était pas méchant de ma part et encore moins pour dénigrer la clinique. Quant à votre question sur le contenu des rapports des inspecteurs de la DSP sur la clinique, qui sont confidentiels, faut-il le préciser,  je préfère le garder pour moi, car, même s’ils ne sont pas très bons, tant que les griefs ne mettent pas en péril la santé de nos citoyens, on ferme les yeux. Par rapport à l’organisation, la clinique a répondu positivement en présentant la liste des gynécologues, les listes de garde ainsi que celle des médecins conventionnés, ce qui est une bonne chose. Tout cela dans un esprit de complémentarité et de mise en place de ce réseau en vue d’une bonne prise en charge de la santé de nos concitoyens. Avant de conclure, je voudrais répondre à un autre reproche fait à l’hôpital de Hadjout, qui n’est pas tenu de prendre en charge les déchets de la clinique qui doit les éliminer, elle-même, en faisant appel à un privé comme cela se fait par nos établissements.