La Corée du nord a annoncé hier la fin des essais nucléaires et des tests de missiles intercontinentaux ainsi que la fermeture de son site d’essais atomiques. Cette décision  intervient alors qu’un rapprochement inédit est opéré entre Pyongyang et Washington.

Ces deux Etats entretenaient une telle inimitié que cette décision semble le fruit d’un accord tacite scellé en secret. Le président  Kim Jong-un  a jugé que le site d’essais nucléaires de Punggye-ri, dans le nord du pays, a « rempli sa mission », a annoncé par l’agence officielle nord-coréenne. Le Nord va fermer le site « afin de prouver son engagement à suspendre les essais nucléaires », a ajouté l’agence, citant le dirigeant nord-coréen. Cette annonce intervient moins d’une semaine avant la rencontre prévue entre Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in, qui préfigure un sommet historique qui devrait avoir lieu entre Kim et Trump, en principe début juin. Le président américain a immédiatement salué l’annonce de Kim Jong Un, y voyant « une très bonne nouvelle pour la Corée du Nord et le monde ». De son côté, Séoul s’est empressé de saluer un « progrès significatif pour la dénucléarisation de la Péninsule coréenne, que le monde attend ». Même son de cloche du côté de la Chine qui a estimé que le geste du Nord allait favoriser une dénucléarisation de la péninsule coréenne. « La Chine pense que la décision (…) va aider à apaiser la situation dans la péninsule coréenne et faire avancer le processus de dénucléarisation ainsi que les efforts en vue d’une solution politique », a déclaré Lu Kang, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. L’Union européenne a salué pour sa part « une étape positive, attendue depuis longtemps ». La représentante de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, a déclaré espérer que les prochaines rencontres entre les numéros un américain, nord et sud-coréens puissent déboucher sur « des résultats supplémentaires, concrets ». Seul le Japon est allé de son scepticisme. Le chef du gouvernement japonais Shinzo Abe s’est félicité de l’annonce nord-coréenne, « mais le point important est de savoir si cette décision conduira à l’abandon complet du développement nucléaire et celui des missiles, d’une façon vérifiable et irréversible », a-t-il dit. Son ministre de la Défense, Itsunori Onodera, s’était prononcé pour un maintien d’une pression maximum sur Pyongyang. « Nous ne pouvons pas être satisfaits », du fait que, selon lui, la Corée du nord n’a pas mentionné « l’abandon de missiles balistiques de courte et moyenne portée ».

« Se consacrer au développement »
« Comme le caractère opérationnel des armes nucléaires a été vérifié, il n’est plus nécessaire pour nous de mener des essais nucléaires ou de lancer des missiles à moyenne et longue portée ou ICBM » (missiles balistiques intercontinentaux), a expliqué Kim Jong. Pyongyang a fait des progrès rapides dans son programme d’armements, objet de multiples sanctions aggravées de la part notamment du Conseil de sécurité de l’ONU, et de pressions des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la Corée du Sud.
Durant des années, a expliqué le dirigeant nord-coréen au comité central du Parti des travailleurs, la Corée du nord a pratiqué une politique dite du « développement simultané » de l’armée et de l’économie. Mais devenu désormais un Etat puissant, le pays doit « maintenant se concentrer sur le développement de l’économie socialiste », a dit Kim Jong Un. Le Nord, qui a tiré l’année dernière des missiles balistiques intercontinentaux capables d’atteindre le territoire continental des Etats-Unis et mené son plus puissant essai nucléaire à ce jour, disait de longue date avoir besoin de l’arme atomique pour se protéger d’une agression américaine. Pyongyang a depuis proposé de négocier sur le sujet en échange de garanties pour sa sécurité. Les deux Corées ont ouvert par ailleurs une ligne de téléphone rouge entre leurs dirigeants, à une semaine de leur rencontre prévue dans la Zone démilitarisée qui divise la péninsule.