L’artiste photographe Wassila Alilatène a récemment présenté au «Bastion 23» l’exposition photographique intitulée «Fragments de la nature», réalisée en Italie, en Espagne en Grèce et aussi à La Casbah d’Alger.

La jeune photographe aborde, dans cet entretien, sa démarche artistique dédiée à la nature et sa préservation. Une série de clichés à travers lesquels elle aspire à partager la sensibilité du regard qu’elle a sur la diversité, la créativité et la fragilité des paysages naturels.

Reporters : Dans presque toutes vos photos, la nature est très présente. Est-elle un élément récurrent dans votre travail artistique ? Et doit-on y voir une sorte d’appel à sa préservation ?
Wassila Alilatène : L’exposition « Fragments de la nature» porte sur le thème du patrimoine naturel. Nous l’avons intitulée ainsi afin de suggérer d’emblée la richesse et la variété des sujets qu’évoque la nature, à la fois nourricière et source d’inspiration et d’apprentissage par les infinis tableaux qu’elle nous offre en différents lieux, moments et périodes. Mais le sujet n’est pas aussi simple qu’on le pense. Il est très complexe du fait que ce ne soit pas du figuratif où je me contente d’immortaliser un instant, un lieu. Cela va au-delà d’une simple contemplation d’un paysage ou de rapporter dans mes bagages un souvenir d’une destination lointaine. Durant mes voyages, j’étais en constante recherche du beau, des couleurs, des nuances sous des effets de lumière… C’est cela qui crée cette illusion entre l’image et la peinture visible sur certains rendus ou captures. Sur d’autres photos, et au-delà de mon influence pour la période de l’impressionnisme, j’ai carrément imagé l’abstrait qui transparaît des paysages. J’étais en pleine osmose avec la nature qui reste pour moi le lieu de prédilection pour se ressourcer.  Quant à la question de la préservation du patrimoine naturel, c’est elle qui m’a fait décaler cette première exposition à Alger. J’ai eu, en effet, à constater que le mot préservation rime plus avec le patrimoine architectural. Evidemment, je suis passée par la phase de la photo journaliste durant les années 2000. Le patrimoine architectural prenait le dessus dans notre actualité culturelle. Mais, à mes yeux, tout est important, encore plus, quand il s’agit de la préservation des lieux originels, notamment ceux qui ressemblent encore à ce qu’ils étaient avant l’avènement de l’Homme.

Dans vos photos, l’élément humain est le plus souvent absent ou présenté de façon détournée, est-ce un choix délibéré ?
Justement, le fait d’éviter de faire figurer les êtres humains est une forme de sublimation du beau de la nature ; de sa beauté avant les détériorations que les humains peuvent lui causer. C’est là que prend vraiment forme mon appel à préserver la nature. Evidemment, j’ai des clichés très dénonciateurs de nos dégâts sur la nature, mais j’ai préféré montrer ce qui reste encore de beau, comme les ambiances, la biodiversité. Par ailleurs, une partie de mon exposition est réservée à la macro. J’ai rapporté quelques instants de quiétude de certains insectes qui peuplent cet écosystème dans lequel je me suis sentie en osmose.

Comment avez-vous préparé et choisi les destinations de cette exposition itinérante dédiée à la nature ?
Cette exposition itinérante prend départ à partir de l’Algérie pour voyager à travers certains pays européens. Sans le concours de l’agence de communication Mokacom, fabricant de marques et labels, et le concours de M. Benkahla, président de l’Association des beaux-arts, elle n’aurait pas pu avoir lieu. Quant au choix des pays, j’ai en fait choisi des destinations dans le bassin méditerranéen dont les paysages sont similaires à ceux de l’Algérie et sont très attractifs pour les touristes. Cette exposition aurait pu être intitulée carnets d’un voyage où je partage des moments de zénitude sous un regard écologique.

Vous précisez, dans la présentation de l’exposition, que vous avez exposé pour la première fois en 2010, pouvez-vous nous en parler ?
J’ai débuté en tant que photographe de presse, notamment pour le magazine «Femme d’Algérie ». Je considère que la photographie comme mode d’expression artistique a été pour moi une véritable passion dès mon adolescence. C’est en 2010 que je participe à une exposition collective entre artistes peintres et photographes à Londres autour de la thématique de l’abstrait. J’estime que la photo abstraite offre un nombre infini de compositions créatives. Elle permet d’explorer le potentiel infini que nous offre le monde de l’autre côté du globe ou au fond de notre jardin. Elle ouvre notre imagination et éveille notre attention. Et surtout elle ne dicte pas la façon dont on doit penser ni la réaction qui nous inspirerait une prise de vue.

Vous vous consacrez, aujourd’hui, à la photographie d’art. Y a-t-il d’autres projets d’exposition en préparation ?
En effet, je ne fais aucune sortie sans objectif. Actuellement, je travaille sur l’exposition itinérante dont une escale est programmée pour la prochaine rentrée à Venise. Mais en parallèle, je suis également en discussion avec les éditions Mokacom au sujet d’un projet de livre.