Le scénario épique du premier duel entre les Warriors d’un excellent Stephen Curry et les Cavaliers d’un fantastique LeBron James a étouffé les regrets d’une partie du public,

fatiguée par les finales répétées entre les deux mêmes équipes. Des plaintes mises en sourdine, au moins le temps de cette belle soirée de basket. Ce match promet une série plus alléchante que prévue. Une affiche revue à maintes et maintes reprises, déjà vendue à toutes les sauces. Des stratégies prévisibles vu que les deux équipes se connaissent quasiment par cœur. Et une issue presque certaine tant l’écart de niveau semble béant entre les Warriors, champions en titre, et les Cavaliers portés par un LeBron rarement aussi esseulé au cours des huit dernières années. Fortement attendus au point d’être même réclamés par les passionnés il fut un temps, les affrontements entre Golden State et Cleveland ont fini par lasser une partie de la planète basket. Une forme de routine s’est installée.
Showtime
Pourtant, ceux qui ont préféré boycotter l’ouverture des finales cette nuit ont probablement eu tort. Warriors et Cavaliers nous ont effectivement offert une formidable mise en bouche. Sans doute le Match 1 le plus mémorable des quatre premiers chocs entre les deux mastodontes depuis 2015. La recette d’une rencontre idéale au plus haut niveau. Tous les ingrédients étaient réunis. Avec d’abord du rythme, et ce dès le coup d’envoi. L’avantage, quand deux formations ont l’habitude de se jouer, c’est qu’elles n’ont pas besoin de se jauger pendant deux quarts temps. Elles sont vite entrées dans le vif sur sujet. Avec une cadence soutenue, qui fait monter en pression le spectateur, mais pas de précipitation. Autrement dit, peu de déchets. Juste du beau basket. Avec de l’adresse pour enrichir l’expérience visuelle. La NBA, c’est aussi le show. La partie était disputée – il ne s’agissait pas d’un All-Sar Game – mais les acteurs présents sur le terrain ont proposé leur lot de dunks, de tirs lointains, de passes lumineuses, etc. LeBron James a calé quelques dunks bien puissants et Stephen Curry a régalé la foule de l’Oracle Arena avec des tentatives au-delà de huit ou neuf mètres. Dont son panier primé pour égaliser à la dernière seconde la première mi-temps. Le duel entre les deux superstars a d’ailleurs été l’un des fils rouges de cette belle soirée. Le public paye pour voir les meilleurs basketteurs du monde sur le terrain dans les moments les plus importants de la saison. Donc en finales. Les trois joueurs les plus forts du globe étaient présents à Oakland. Ils ont embelli le match de leur classe.
Curry vs James =
Messi vs Ronaldo ?
En forçant volontairement beaucoup trop le trait, l’opposition entre Curry et James rappelle celle entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo au foot. Bon, le parallèle est bien trop simpliste pour être réaliste mais les deux bonhommes divisent finalement autant que les artistes du ballon rond. Les voir se défier et se répondre panier après panier a forcément donné une saveur particulière à ce Match 1. Les deux ont d’ailleurs démarré très fort avec chacun 9 points à 3/3 aux tirs après quelques minutes.
Les deux natifs d’Akron ont tour à tour eu leurs moments, pour porter leur équipe à chaque fois. Le patron des Cavaliers a, par exemple, tenu les siens à bout de bras en multipliant les tirs extérieurs et les pénétrations pour éviter l’hémorragie – et même brièvement reprendre l’avantage – dans le troisième quart temps. Le maestro des Warriors a répondu avec un trois-points en première intention très important pour égaliser à 73 partout.
La bourde de J.R. Smith
Un côté dramatique et théâtre qui s’est donc ajouté à l’événement. D’une part à travers ce duel entre deux grands joueurs mais aussi avec la blessure de Klay Thompson. Touché à la jambe, il a rejoint les vestiaires dans le premier quart temps, suscitant ainsi l’inquiétude des supporteurs. Plus de peur que de mal, heureusement. L’arrière All-Star est revenu et il a inscrit quelques paniers décisifs.
Un ascenseur émotionnel qui apporte lui aussi sa note d’émotion. Le bouquet final étant évidemment ces dernières minutes pleines de suspense. Le match s’est haché. Mais le niveau n’a pas baissé en qualité.
Avec encore Curry (un trois-points pour donner six points d’avance aux Warriors, 100-94) et James (deux dunks pour recoller à 100-98 puis un panier avec la faute pour repasser devant à 104-102) puis à nouveau Curry (un panier avec le lancer en prime pour repasser devant à 108-107) pour enflammer les ultimes instants.
J.R. Smith s’est lui chargé de distiller une touche d’humour avec un raté incroyable dans les dernières secondes.
Il a capté le rebond offensif le plus important du match à 108 partout alors que le chronomètre expirait. Plutôt que de tirer, il est reparti au-delà de la ligne à trois-points. Une bourde monumentale qui va faire jaser encore un moment. Il en faut pour rendre un match inoubliable. Prolongation, donc, et cinq minutes de bonheur supplémentaires.
Le temps pour Golden State de plier l’affaire avec une nouvelle accélération passée dans une salle surchauffée. Le match s’est même terminé avec des échanges verbaux musclés, même entre Curry et James. Début de mêlée générale et exclusion de Tristan Thompson. De la tension. Des stars à leur sommet. Du jeu. Du suspense. Que demander de plus ? <