Hier, Nelson Mandela aurait eu 100 ans ! Pour l’occasion, l’Afrique du Sud, son pays, lui consacre depuis plusieurs jours un hommage à l’homme et à la personnalité historique qu’il était. Toute la nation s’est mise cette année à l’heure Mandela, décédé en 2013, avec spectacles, expositions, compétitions sportives et publication de livres. Son visage souriant illumine aussi de nouveaux billets de banque.

Hier, mercredi, son héritage a été salué par une marche symbolique conduite par sa veuve Graça Machel jusqu’à la Cour constitutionnelle, lieu hautement symbolique, synonyme de la fin de l’apartheid et l’avènement de la démocratie en Afrique du Sud en 1994, et la tenue d’un forum sous la direction de Barack Obama. L’ancien président des Etats-Unis s’est exprimé devant quelque 200 jeunes lors d’une formation de leadership organisée par sa fondation à Johannesburg.
Avant-hier, mardi, il a prononcé au stade de Johannesburg un discours durant lequel il a rappelé «la vague d’espoir qui avait déferlé dans le monde» à la libération de Mandela le 2 février 1990, après vingt-sept années derrière les barreaux. «Grâce à son sacrifice et son leadership résolu, et peut-être encore plus grâce à son exemple moral, Mandela (…) a personnalisé les aspirations des personnes dépossédées», a lancé Barack Obama dans un vibrant hommage à un «géant de l’Histoire», devant quelque 15 000 personnes.
Il «nous montre à nous qui croyons en la liberté et la démocratie que nous allons devoir nous battre encore plus pour réduire la pauvreté», a-t-il ajouté.
M. Obama a dénoncé un monde plongé dans «une période étrange et incertaine», lors d’un discours ponctué d’attaques à mots couverts contre son successeur Donald Trump qu’il a cependant pris soin de ne pas nommer. Il a mis en garde contre «la politique de la peur» conduite par des dirigeants qui méprisent les «faits» et énoncent des mensonges «sans la moindre honte».
Il s’en est aussi pris aux climatosceptiques, aux politiques d’immigration basées sur la race et la religion et aux leaders «autocratiques».
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a célébré l’évènement dans le village natal de «Madiba» à Mvezo, dans la province du Cap oriental (sud-est), avec l’inauguration d’une clinique et la distribution de couvertures. Mandela «nous a conduits depuis la sauvagerie du conflit et de l’oppression vers la terre promise, une terre de liberté, démocratie et égalité», a-t-il salué. Mais un quart de siècle après la chute de l’apartheid, la pauvreté persiste en Afrique du Sud, l’économie patine et le racisme y attise toujours les tensions.
Certains mettent en cause les successeurs de «Madiba» et la corruption qui a gagné le plus haut sommet de l’Etat, notamment sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018). D’autres, plus rares, vont jusqu’à le traiter de «vendu» à la minorité blanche, qui détient toujours l’essentiel des leviers économiques du pays. Une des petites-filles de Nelson Mandela, Ndileka Mandela, s’est indignée mercredi de ces prises de position. «C’est vraiment dégueulasse, surtout au vu des sacrifices qu’il a faits», a-t-elle estimé.
«Je pense que lorsque des gens ne parviennent pas à résoudre leurs problèmes, ils s’en prennent à lui parce qu’il n’est plus là pour se défendre.» L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent africain, est aujourd’hui le pays le plus inégalitaire au monde, selon la Banque mondiale. Chaque année, le «Mandela Day», qui marque la naissance le 18 juillet 1918 de «Madiba», est célébré dans le monde entier. «Agissez, inspirez le changement, faites de chaque jour un Jour Mandela», exhorte la fondation qui porte son nom.