Depuis hier et jusqu’à vendredi, plus de deux millions de fidèles venus de toute la planète ont entamé le pèlerinage annuel à La Mecque, en Arabie saoudite, dans un climat de ferveur mais sous un soleil de plomb.

Cet important rassemblement religieux annuel a de tout temps représenté un défi logistique pour les autorités saoudiennes, qui se sont toutefois déclarées prêtes à assurer son bon déroulement. Les mouvements de pèlerins s’effectuent dans un climat de ferveur qui fait oublier la chaleur étouffante alors que la température excède largement les 40 degrés Celsius. Les pèlerins viennent à La Mecque, dans l’ouest du royaume, des quatre coins du globe mais, parmi les plus gros contingents, figurent des ressortissants d’Egypte, d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Soudan. Leur nombre a dépassé les deux millions, a indiqué le ministère de l’Intérieur, précisant que l’immense majorité venait de l’étranger. Pour la comparaison, en 2016 par exemple, ils étaient 1,86 million de pèlerins. Pour les accueillir et assurer leur prise en charge, 18 000 employés de la défense civile sont mobilisés, selon des responsables saoudiens. Des milliers de caméras de sécurité ont été mises en place sur les voies empruntées par les pèlerins. Ce sont aussi 25 hôpitaux, appuyés par 180 ambulances et 30 000 employés du secteur de la santé. Des dizaines de milliers de tentes, équipées d’air conditionné, ont été installées pour héberger les pèlerins dans la région, pour lesquels ont été installés 16 000 tours de télécommunication et 3 000 points d’accès WiFi. Hier, les fidèles convergeaient vers la vallée proche de Mina, à travers le lieu-dit de Mozdalifa, où ils passeront la nuit avant le stationnement sur le Mont Arafat, temps fort du hadj. C’est sur ce mont que le Prophète Mohammed a prononcé son dernier sermon et c’est là que les pèlerins passeront une journée de prières et d’invocations en sollicitant la clémence de Dieu. Le pèlerinage se terminera avec l’Aïd Al Adha, une fête de trois jours suivie par le rituel de la « lapidation de Satan ». Un moment fort, mais surtout à haut risque tant le rite a souvent généré des bousculades meurtrières. La dernière en date remonte à 2015, où un peu plus de 2 000 pèlerins ont trouvé la mort à la suite d’une bousculade sur le site de la lapidation, à Mina. Mais au fil des ans, le hadj a pris une dimension de plus en plus high-tech avec une multiplication d’applications mobiles pour aider les fidèles à comprendre les instructions, à trouver leur chemin ou obtenir des soins médicaux d’urgence auprès du Croissant-Rouge saoudien.  De plus, une brigade de traducteurs est à pied d’œuvre pour aider les fidèles musulmans non arabophones qui viennent des quatre coins du monde et parlent une douzaine de langues. 

Un hadj sur fond de tensions géopolitiques

Cependant, le hadj de 2018 se déroule alors que l’Arabie saoudite, royaume ultraconservateur, est en pleine transformation avec des réformes tous azimuts, mais aussi une grande fermeté face à toute voie dissidente. Le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, fils du roi et inspirateur des réformes, a clamé la volonté de son pays de «renouer avec un islam modéré et tolérant», tout en multipliant les arrestations dans les milieux dissidents, y compris parmi les défenseurs des droits de l’Homme et les religieux critiques. Le pèlerinage intervient, surtout, en pleine guerre au Yémen, où l’Arabie saoudite intervient contre des rebelles Houthis soutenus par l’Iran, le grand rival régional de Ryad. Mais aussi en pleine crise diplomatique avec le Qatar, qui, pour la deuxième année consécutive, s’est plaint du fait que ses citoyens soient privés de hadj.

Les autorités saoudiennes accusent au contraire Doha d’entraver le déplacement de ses citoyens vers les Lieux Saints. Quelque 1 200 citoyens du Qatar devaient en principe pouvoir participer au hadj, selon un système de quotas par pays, mais des Qataris se sont plaints de l’impossibilité de s’inscrire sur un site web du ministère saoudien du Pèlerinage. Une situation déjà vécue et contestée par les fidèles iraniens, qui n’ont été autorisés qu’en 2017 à participer au pèlerinage, après une année d’absence sur fond de tensions entre Riyad et Téhéran. Après la tragique bousculade qui avait coûté la vie à près de 2 300 fidèles, dont 464 Iraniens, lors du hadj en 2015, Téhéran avait contesté l’organisation par les Saoudiens du grand pèlerinage musulman annuel.