Le journaliste et critique Abdelkrim Tazarout poursuit son travail de passeur et de raconteur du cinéma algérien, son histoire, ses grands moments, ses chefs-d’œuvre, ses monstres sacrés ainsi que les figures qui l’incarnent depuis plus de cinquante ans de production. Après avoir sorti, en 2016, aux éditions Rafar «Cinéma algérien, des films et des hommages», il publie cette fois aux éditions Anep «Cinéma algérien, acteurs, actrices sous les feux de la rampe».

Ce nouveau livre, qui sera en vente au Salon international du livre d’Alger (Sila 2018), se présente un peu comme une suite de celui paru il y a deux ans. Bien que moins dense, 114 pages contre 234 pour le précédent, il reste totalement en accord avec ce que fait son auteur depuis des décennies déjà : faire découvrir l’importance et la beauté du cinéma algérien au grand public et lui ouvrir des fenêtres de savoir et de connaissance sur les hommes et les femmes qui le font depuis plus de cinquante ans maintenant, voire au-delà.
Par savoir et connaissance, il ne s’agit pas de référence à cette critique propre aux ouvrages et revues spécialisés, qui consiste à convoquer la psychanalyse, la sociologie et la sémiotique et d’autres disciplines du genre pour faire des radioscopies des films -Tazarout en est capable comme on le constate dans certains de ses écrits de presse. Il est surtout question de servir de guide au lecteur comme au spectateur : d’un service au sens noble du terme et dont le but est de le prendre par la main ou par l’œil, si on ose dire, pour lui montrer qui a fait tel film, comment, quand, pourquoi et avec qui ? Des trucs anodins, pour aller vite, mais qui vous construisent un vrai public et, en sous-bassement, une génération de cinéphiles. A la fin, aussi, des lecteurs parce que le cinéma se lit et faire lire aussi. N’est-ce pas ?
Ce travail, très rares sont les critiques qui le font en Algérie et même la presse ne les accueille qu’à l’occasion, par capitulation à la dictature de l’écho –quoique les échotiers ont fait l’âge d’or du septième art, ne mélangeons donc pas – ou par abdication face au despotisme de la promotion, devenu lui aussi une belle tyrannie, puisque nous sommes dans un pays où la seule sortie d’un court-métrage dans un petit festival désargenté fait figure d’évènement. Dans cette rareté, il y a Abdelkrim Tazarout et sa passion (qui vient sans doute de son premier métier de journaliste) à nous rappeler que l’Algérie a été et reste un pays de cinéma malgré les salles et les écrans fermés. Parfois, il le fait avec légèreté (qui fait grincer des dents ou amuser certains) mais point de vulgarité dans sa façon d’« emballer » le produit comme on pourrait dire.
Les éditions Anep qui l’ont compris se sont cette fois lancées avec lui dans le projet (concrétisé) de « rendre hommage à tous les acteurs et toutes les actrices du cinéma algérien » : 114 pages et 108 notices biographiques d’un livre au bout duquel on va à la brève mais attachante rencontre de 108 comédiens et comédiennes d’hier et d’aujourd’hui, de carrières et de renommées diverses. Une belle brochette d’artistes, dont certains ne sont pas seulement acteurs, qui va de Hadj Abderrahmane à Zinet et Mahmoud Zemmouri. A consulter, donc, d’un auteur qui sortira bientôt, toujours aux éditions Anep, une biographie en témoignage d’estime et d’amitié au regretté Djamel Allam. Un petit rappel. Abdelkrim Tazarout est l’auteur de beaux ouvrages sur la musique algérienne dont «Guerouabi ou le triomphe du chaâbi» (2008) et «Lamari, le ténor de la Casbah» (2012).n
Abdelkrim Tazarout : «Cinéma algérien, acteurs, actrices sous les feux de la rampe» Editions Anep 2018. Prix : 700 DA.