Comme le veulent la tradition et les mœurs diplomatiques, le président Bouteflika a adressé, hier dimanche, un message de félicitations au souverain marocain à l’occasion du 63e anniversaire de l’indépendance de son pays. Le message présidentiel, s’il est à inscrire dans le registre de l’ordinaire, n’en constitue pas moins une réponse à la dernière «offre» émanant du souverain marocain pour  une relance des relations bilatérales entre les deux pays.

Dans son message, M. Bouteflika a fait état de sa «ferme détermination à œuvrer à la consolidation des liens de fraternité et de solidarité» qui lient les peuples algérien et marocain, tout comme il a évoqué la finalité d’un «ancrage» des relations bilatérales basées sur «le respect mutuel».
«L’occasion est également pour moi de vous réitérer notre détermination à œuvrer de concert avec vous pour consolider les relations de fraternité et de solidarité qui unissent nos deux pays et ancrer les relations bilatérales basées sur le respect mutuel, au mieux des aspirations de nos deux peuples au progrès, au développement et à la prospérité», a souligné le président de la République. Nul doute que la teneur du message, notamment en évoquant les relations bilatérales, équivaut à une réponse de l’Algérie à l’initiative du roi du Maroc, qui avait appelé récemment à un mécanisme de relance du bilatéral entre les deux pays.
Et si Alger se refuse toute intention d’obstruer les possibilités de relance des relations bilatérales, il va sans dire qu’une telle perspective, vue d’Alger, mériterait au moins un préalable. Celui suggérant qu’elle se passe dans «le respect mutuel».
Il s’agit, en effet, de replacer les vrais termes des relations bilatérales, dans lesquelles il n’y aurait pas de place pour la question du Sahara occidental dont la solution est du ressort des Nations unies.
Il convient de souligner, à ce propos, que des observateurs de la scène maghrébine se sont demandé pourquoi l’Algérie n’a pas répondu au dernier appel lancé par le roi du Maroc, Mohammed VI, le 6 novembre dernier, pour «relancer les relations bilatérales entre Alger et Rabat sur la base d’un nouveau mécanisme». Ces observateurs n’ont pas cessé, depuis, de s’interroger. L’appel traduirait-il une volonté sincère de tourner la page et aller vers des relations réellement apaisées ou viserait-il des finalités inavouées ?
Par la voix du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui prenait part aux travaux du 11e Sommet extraordinaire de l’Union Africaine (UA), abrité par la capitale éthiopienne Addis-Abeba, l’Algérie vient de remettre les pendules à l’heure. Car, à l’évidence, ce qu’a dit Ahmed Ouyahia sur la nécessité du respect de l’Acte constitutif de l’UA peut être considéré comme une réponse à l’initiative du souverain marocain : le Sahara occidental n’est pas une affaire algérienne pour qu’il soit inscrit dans un agenda de discussions bilatérales. Autrement dit, la question du Sahara occidental doit être réglée dans un cadre multilatéral africain sous l’égide des Nations unies et de son envoyé spécial Horst Köhler, qui n’a pas caché, faut-il le rappeler, son intention d’impliquer davantage l’UA pour trouver une issue au conflit sahraoui.
Visiblement, le véritable sens des déclarations d’Ahmed Ouyahia sur le «devoir» de ses signataires de ne pas toucher au texte fondateur de la nouvelle charte panafricaine, il y a dix-huit ans, doit être compris par rapport aux efforts marocains de rendre, en coulisses, recevable l’idée d’amendements qui rendraient muette la voix des indépendantistes sahraouis et de saper en profondeur le statut dont ils jouissent actuellement. Une place qui leur permet de prendre part à des évènements importants et aussi décisifs que les sommets UA-UE, dont le dernier a eu lieu fin novembre 2017 en Côte d’Ivoire, un pays connu pour ne pas être un ardent défenseur de la cause sahraouie, ou le sommet Japon-Afrique pour ne citer que ceux-là.
Au final, si Alger n’a pas jugé utile ni opportun de répondre de manière officielle et directe à l’offre de relance des relations bilatérales formulée par le roi du Maroc, il n’en demeure pas moins que l’approche développée par Ahmed Ouyahia à Addis-Abeba, sur l’esprit du texte fondateur de l’UA, constitue, à bien des égards, une réponse enveloppée d’un silence parlant.
Le message du président Bouteflika n’en ajoute pas moins une couche, dans la mesure où il évoque, dans son message au roi du Maroc, «des relations bilatérales basées sur le respect mutuel». Une façon de dire que l’initiative marocaine gagnerait à être revue en lui apportant davantage de clarifications quant à ses visées et finalités.
Et de rappeler que le bilatéral ne saurait être considéré comme une relation exclusivement économique. Le bilatéral a aussi ses fondements, voire ses préalables, politiques que nul n’est censé reléguer au second plan ou ignorer sous prétexte de pragmatisme économique. Pour rappel, le roi du Maroc, lors d’un discours télévisé début novembre, avait invité Alger à un dialogue «direct et franc» tout en proposant la création d’un «mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation» pour «dépasser les différends» en précisant que «le niveau de représentation au sein de cette structure, son format, sa nature» serait à mettre en place d’un commun accord. «Le Maroc est ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie» pour asseoir les relations entre les deux pays «sur de solides bases de confiance, de solidarité et de bon voisinage», avait conclu le roi du Maroc.