Depuis des années, il est la figure de proue de l’aviron algérien. Sid-Ali Boudina, fort d’un palmarès assez riche et champion d’Algérie depuis 2008, connaît les exigences de haut niveau qu’il a pu atteindre en prenant part aux derniers Jeux Olympiques à Rio (Brésil) en 2016.

Il sait les efforts consentis et l’intérêt dont l’athlète a besoin pour pouvoir décrocher le ticket des Olympiades. Hier, via un message publié sur le réseau social « Facebook », il a clairement souligné que les années se suivent et la politique sportive à la Fédération algérienne des sociétés d’aviron et de canoë kayak (Fasack) reste inchangée. Elle va à contre-courant de ce qui devrait se faire à une année et demie d’un rendez-vous planétaire important comme les JO. Sabordage flagrant !

 
Sid-Ali Boudina sait que ses propos publiés sur les pages « vont déranger » mais il a jugé utile de dire les choses telles qu’elles sont. De parler d’ambitions. Loin de la suffisance et de la médisance sportive dont ‘il fait état : « Pour les nations qui se respectent, les athlètes vont chercher la qualification au championnat du monde. Pour nous -malheureusement- on attend la charité des instances internationales afin de rentrer dans les quotas africains des pays sous-développés ?» s’est-il interrogé et insurgé.
Une attitude invraisemblable des responsables de la discipline. Surtout que « tous les moyens sont mis à notre disposition : un centre d’entraînement, un bassin, des bateaux, un centre médical sachant que le CNMS est doté des dernières machines de récupération (cryothérapie,Tecar…) sans oublier les kinésithérapeutes et les médecins qui font un travail incroyable », note le skiffeur qui insiste sur le fait que l’Algérie « n’a rien à envier aux autres si ce n’est des hommes passionnés qui font tout pour que leurs athlètes soient les meilleurs. Le ministre a entièrement raison quand il dit que l’Algérie dispose de moyens nécessaires pour faire des champions. Malheureusement, ce qui nous manque c’est l’humain qui accompagnera ces jeunes et les aidera à devenir les meilleurs.»
L’athlète, qui connaît bien l’entourage à l’instance fédérale, sait où la rame coince.

Six mois d’arrêt !
Pour revenir à l’aspect purement technique, Boudina révèle que «depuis le mois de septembre, c’est le silence radio de la part des responsables techniques de la fédération. Aucun contact, ni appel, pour le suivi des athlètes», l’octuple médaillé en Afrique (7 or et 1 argent) dit défier «quiconque qui prétendra avoir contacté les athlètes pour savoir s’ils s’entraînent ou pas, ou juste leur dire ce qu’ils doivent faire.» Une attitude qui n’a d’autre nom que la négligence sportive pure et simple. D’autant plus que c’est l’année pour composter le billet pour les Olympiades japonaises qui approchent à grands pas. « Le prochain stage d’entraînements de l’équipe nationale est prévu au mois de mars, ce qui veut dire 6 mois d’entraînement perdus ! Alors que cette année c’est celle de la qualification aux Jeux olympiques », rappelle le natif d’Alger qui s’est déjà entraîné et préparé en Europe avec l’aviron Toulousain (France) là où il ramait hier, pour la forme, lorsque nous l’avions contacté.

Préparation : l’affection du mode «excursion»
Se référer au niveau africain empêcherait certainement les athlètes de progresser et situer réellement leurs aptitudes par rapport aux exigences au niveau international : « Pourquoi on se contente toujours d’être champion d’Afrique alors que pour certaines finales nous ne sommes que deux concurrents ? » s’est-il demandé non sans indiquer que « nos jeunes sont plein de volonté et de détermination, pourquoi tuer leur ambition ? ». A bientôt 29 ans, Boudina sait que le gros de sa carrière est derrière lui.
Ce coup de gueule, il le fait pour le sport qu’il a tant aimé et les sportifs de demain qui pourraient continuer à subir le bricolage et l’amateurisme des personnes qui gèrent l’aviron algérien. «Il y a une parole qui m’a beaucoup marqué d’un responsable qui m’a dit «pourquoi tu te plains tout le temps, l’essentiel c’est que tu voyages à l’étranger et tu passe du bon temps». Ironiquement c’est la même personne qui est sensée faire de moi un champion», s’est-il désolé. «J’aimerais leur dire qu’on ne nourrit pas l’injustice la dénonçant mais en la taisant», conclut-il.