L’élection pour un deuxième mandant du président Maduro à la tête du Venezuela ne semble pas avoir mis fin à la crise politique dans ce pays pétrolier d’Amérique latine et à l’affrontement entre la présidence et le Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.

Avant-hier, vendredi, au lendemain de l’investiture du président Maduro, le président de cette assemblée a appelé à une mobilisation le 23 janvier, date symbolique de la chute du dictateur Marcos Perez Jimenez, le 23 janvier 1958, en faveur d’un « gouvernement de transition ». Juan Guaido, a rappelé devant un millier de partisans réunis à Caracas que la Constitution vénézuélienne lui donnait la légitimité pour assumer le pouvoir dans le cadre d’un gouvernement de transition. Le 5 janvier, le Parlement s’est déclaré seul pouvoir légitime et a annoncé qu’il allait former un « gouvernement de transition » avant d’organiser de nouvelles élections. « Est-il suffisant que nous nous en tenions à la Constitution sous une dictature? Non. Le peuple vénézuélien, l’armée et la communauté internationale doivent nous porter au pouvoir », a déclaré M. Guaido. Le président du Parlement a appelé à une « grande mobilisation dans tous les coins du Venezuela » le 23 janvier prochain tandis qu’une partie de l’opposition a demandé à Juan Guaido de prêter serment comme président en raison de la « vacance du pouvoir » qui existe, selon elle, après le rejet du deuxième mandat de Maduro par les députés et une bonne partie de la communauté internationale.
«Gamineries»
Le bras de fer entre le président Maduro et l’opposition a lieu dans un contexte politique marqué en Amérique latine par la présence au pouvoir de la droite et même de l’extrême droite comme au Brésil. Cet affrontement voit à nouveau intervenir les Etats-Unis qui ont réitéré leur soutien au Parlement vénézuélien, qu’ils considèrent, comme « le seul organe légitime du pouvoir, dûment élu par le peuple vénézuélien », selon un communiqué de John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale du président américain Donald Trump. Le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), l’Uruguayen Luis Almagro, a lui salué sur Twitter « la promotion de Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela ». M. Almagro est un ennemi déclaré de M. Maduro, qu’il traite de « dictateur ». Le gouvernement brésilien du nouveau président Jair Bolsonaro a lui aussi salué dans un communiqué la disposition de M. Guaido à « assumer constitutionnellement la présidence du Venezuela ». Nicolas Maduro a pour sa part réagi en décrivant les déclarations de M. Guaido comme des « gamineries », et en ironisant sur un « coup d’Etat twittesque » à propos des spéculations sur les réseaux sociaux. Sa ministre des Services pénitentiaires, Iris Varela, a de son côté manié la menace à l’égard du parlementaire: « Guaido, je t’ai préparé ta cellule, avec un uniforme, j’attends que tu nommes rapidement ton cabinet pour savoir qui va t’accompagner, monsieur le beau parleur », a-t-elle écrit sur Twitter. Jeudi dernier, Nicolas Maduro a été investi pour un deuxième mandat de six ans devant la Cour suprême, et non devant le Parlement comme le prévoit la Constitution. L’Algérie y a été représentée par son ministre de l’Energie Mustapha Guitouni. Depuis l’installation des députés début 2016, les décisions du Parlement sont systématiquement annulées par la Cour suprême, composée de fidèles du régime. Dans la pratique, le Parlement a été remplacé par une Assemblée constituante 100% chaviste. Nicolas Maduro, soutenu par le haut-commandement de l’armée, a été réélu le 20 mai à l’issue d’un scrutin boycotté par l’opposition qui en rejette les résultats, tout comme les États-Unis, le Canada, l’Union européenne et de nombreux pays d’Amérique latine. L’opposition a dénoncé des pressions sur les électeurs et pointe l’abstention historique (52%). n