La ministre de l’Education nationale a usé d’un ton ferme en réaction à la grève annoncée des syndicats autonomes pour le 21 janvier. Nouria Benghebrit a, certes, entamé une série de réunions avec ses partenaires sociaux, mais ce n’est pas pour autant qu’elle compte satisfaire à leurs exigences. «L’ère de la prise en charge illico presto des revendications des syndicats est révolue», a déclaré, hier, Mme Benghebrit.

Intervenant sur les ondes de la radio nationale, la ministre de tutelle n’a pas hésité à accuser «un syndicat» de vouloir «faire pression sur l’Etat», tout en assurant de sa disponibilité au dialogue pour trouver des solutions aux problèmes soulevés. Le ministère de l’Education, explique la première responsable du secteur, a modifié sa stratégie de dialogue et de débat avec le partenaire social. «Au lieu de satisfaire les revendications comme ce fut le cas en 2014 et 2015, la tutelle s’attelle à examiner, minutieusement, les problèmes posés par les représentants des syndicats», a-t-elle précisé.
Et de revenir sur la nature des revendications qui «portent essentiellement sur le traitement des dysfonctionnements contenus dans le statut particulier, ainsi que sur le dossier des œuvres sociales». Selon elle, le débat autour du statut particulier du personnel du secteur de l’Education a atteint «sa phase finale». C’est pourquoi «il ne faut pas se précipiter» dans le traitement de ces dysfonctionnements, estime-t-elle, soulignant que la commission chargée dudit statut «travaille sans relâche, en coordination avec la direction générale de la Fonction publique pour l’application du décret promulgué en 2014». Quant au dossier des œuvres sociales, la ministre a relevé «des divergences» entre les syndicats autonomes et indiqué que le retard accusé dans le traitement de ce dossier «ne relève pas de la responsabilité du ministère». Ceci dit, «le débat demeure ouvert» autour des œuvres sociales, a-t-elle assuré.
Le passage de Nouria Benghebrit à la radio n’a cependant pas contribué à apaiser la tension entre la tutelle et l’intersyndicale, composée des syndicats Unpef, Cnapeste, Snapeste, Satef, Snte et CLA. Ces derniers qui ont déposé séparément les préavis de grève pour la journée du 21, accompagnée de rassemblements le lendemain devant les directions de l’éducation de wilaya, ne comptent pas faire marche arrière. Les propos de la ministre n’ont fait que renforcer leur détermination à arracher leurs « droits » par les moyens de protestations, pointant le manque de volonté chez Mme. Benghebrit.
Les syndicats répliquent
Meziane Meriane, coordinateur national du Snapest, estime que la ministre recourt désormais aux «méthodes de division» en parlant de revendications différentes d’un syndicat à l’autre. D’où le maintien du mot d’ordre de grève. Position que partage Idir Achour, porte- parole du CLA qui, tout en reconnaissant que «la commission de révision du statut a déjà remis son rapport», précise que pour les œuvres sociales «le département de tutelle refuse toujours d’organiser un référendum». Idir Achour, reproche à Mme. Benghebrit une intention de «créer la division» entre les syndicats, malgré le fait que les revendications socioprofessionnelles «sont les mêmes».
En des propos plus acerbes encore que ses partenaires, Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste, a répondu à la ministre, soutenant que son attitude n’est pas propice à trouver des solutions. «L’ère de la politique des menaces est révolue», a de son côté répliqué Boudiba, sur le plateau d’Ennahar TV. Et d’ajouter que même dans le passé, «il n’y a pas eu de prise en charge directe des revendications». Le syndicaliste a récusé l’attaque de la ministre qui visait le Cnapeste, désigné comme seul syndicat qui fait pression sur l’Etat. «Ce sont de graves propos», a-t-il estimé, admettant qu’il n’y a aucun syndicat qui peut faire pression sur l’Etat. «Nous sommes des organisations agréées et nous exerçons nos droits dans le cadre de la loi», a-t-il rappelé, invitant la ministre à faire preuve de capacité à dialoguer, pour en faire «une règle» au lieu et place de la contestation. Ainsi, il est clair qu’à la lumière des déclarations des deux parties, les négociations entre la tutelle et l’intersyndicale n’ont pas de chance d’aboutir et l’on se dirige droit vers un interminable bras de fer.