L’ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche rompt le silence dans une contribution publiée dans le quotidien El Watan, dans son édition d’hier, où il fait de longs rappels historiques sur ce que sont les notions d’Etat, de gouvernance et le processus historique qu’a traversé et traverse toujours l’Algérie dans sa construction.

Une Algérie en quête inlassable d’un Etat. L’armée et son rôle dans la gouvernance sont longuement évoqués dans son intervention, avec les mises en garde d’usage sur les possibles menaces liées à son intrusion éventuelle dans le champ politique. La conjoncture actuelle étant telle que cet avertissement pourrait être lié aux dernières controverses concernant l’intervention des militaires ou de l’armée dans les prochains rendez-vous politiques. Rappelant la genèse de l’Etat national algérien, Hamrouche explique que l’objectif des Algériens était de restaurer leur Etat national «plus que celui de lutter pour une simple indépendance». Il fera d’utiles rappels sur les notions d’Etat et d’exécutif. « La souveraineté nationale et l’Etat sont des formes d’expression et d’organisation les plus achevées et les plus subtiles que l’homme ait inventées», rappellera-t-il. Hamrouche mettra en garde contre l’économie d’un système institutionnel équilibré régissant le pays. «Des expériences plus immédiates d’un demi-siècle dans notre voisinage, pays arabes et autres pays du Sud, ont démontré que tout régime qui ne s’accommode pas d’un ordre national institutionnel, de contre-pouvoirs et surtout de contrôles ne peut pas résister aux conjonctures et aux tempêtes ni lui, ni son armée, ni son peuple, faute de volonté souveraine exercée en interne et incarnée par l’Etat national et une gouvernance comptable», souligne le chef des réformateurs. Pour l’ancien Premier ministre l’ADN de l’OS, de l’ALN et de l’ANP est le même et doit le demeurer. «Cet ADN indique que les promoteurs de l’OS (1947) n’ont pas uniquement fait le pari de requalifier des Algériens aliénés en militants, conscients, lucides et prêts à se battre pour restaurer l’Etat national, changer la situation du pays, mettre un terme à la condition indigène mais également celui d’en faire des hommes et des femmes libres et responsables», notera-t-il. Rappelant le rôle de la question religieuse dans la société et dans la politique, Mouloud Hamrouche dira que «la problématique de la religion, ses dogmes non sujets à modération, à modification ou à remise en cause et ses fortes doses d’émotionnel, ne peut relever du jeu politique et de gouvernement», car elle relève «de la liberté de la foi, de la liberté de conscience plus précisément».

L’Algérie
en besoin de «discernement»
Pour Mouloud Hamrouche l’Algérie a besoin «plus que jamais» de discernement pour «faire face aux diverses menaces, peurs, désespoirs et résignations». «Que nos failles, nos erreurs, douleurs et malheurs d’hier, que nos errances post-libération et que nos violences et crises du pouvoir nous aident à tirer le maximum d’enseignements pour le parachèvement de la mise en place de l’Etat national», recommandera-t-il, reconnaîssant de fait que le pays vit une crise toujours insoluble. Une grande partie de la contribution de l’ancien Premier ministre sera également consacrée à l’armée et à son rôle dans l’Etat et la gouvernance. «La composante humaine de l’armée fait partie des sujets de société. L’armée, elle, par sa nature et son organisation, est une sphère de l’Etat dont elle est la colonne vertébrale du fait de sa mission et sa finalité, qui se recoupent et se confondent latéralement avec celles de l’Etat», souligne Mouloud Hamrouche pour qui «des expériences et des études, y compris dans de vieux pays structurés socialement et démocratiquement, où l’armée avait servi de base un temps pour gouverner, ont démontré que cela nuit à sa mission et à sa finalité». «De même que cela brouille ses rapports avec la société, menace ses articulations et son organisation, affaiblit sa cohésion et sa discipline. Bien plus, cela force ses composantes, particulièrement le corps des officiers, à adhérer à des idéologies et à devenir partie prenante des conflits internes», écrit l’ex-Premier ministre comme une mise en garde contre un rôle trop prépondérant de l’armée dans la prise de décision politique. A quelques mois des élections présidentielles cette sortie de l’ancien premier ministre, dont le nom revient souvent dans le débat national, ne manquera pas de susciter des interrogations (sur une éventuelle candidature ?) bien qu’il s’est particulièrement gardé d’évoquer ce rendez-vous politique important.