Le ministre de la Culture Azzeddine Mihoubi a affirmé, samedi à Tamanrasset, que « la culture amazighe a réalisé des acquis importants qu’il appartient de préserver ».

Le ministre s’exprimait en ouverture d’un colloque international sur « la valorisation du patrimoine immatériel » tenu au centre universitaire Hadj-Moussa-Agh Akhamoukh de la wilaya. Parmi ces acquis, la mise en place de l’Académie de langue amazighe figure sans doute en bonne place, et ce, en dépit des
« diversions » qui ont caractérisé le débat sur le caractère adéquat pour la transcription de tamazight. Les conditions « sont réunies » pour que cette institution entame son travail, estiment les observateurs.
Lequel travail consiste notamment à recueillir le corpus de tous les parlers berbères algériens indispensables pour la confection d’une base lexicale.
Sur ce registre, l’Académie ne va pas commencer le travail ex nihilo, mais sera appuyée par les travaux des quatre laboratoires de recherche en tamazigh, abrités par les départements de langue et culture amazighe de Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira et Batna, le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) et même par les travaux de l’Académie berbère de Paris, dont les chercheurs ont déjà réalisé un travail ayant contribué à l’éclosion et à l’éveil des consciences pour la reconnaissance de l’identité et de la culture amazighe. Le terrain est donc « balisé » pour que l’Académie de langue amazighe se mette au travail, d’autant qu’elle « ne va pas inventer une langue, mais va travailler sur une langue déjà existante », fait remarquer Abderrezak Dourari, professeur des sciences de langage et de traductologie.
Par ailleurs, des observateurs estiment qu’il est « impertinent » d’exercer une pression sur cette institution, en allusion au débat qui a suivi la nomination de Mohamed Djellaoui, doyen de la faculté de lettres de l’université de Bouira, à sa tête et aussi à la démission du Pr. Dourari de cette institution quelques heures après sa nomination en tant que membre. Ce dernier a, pour rappel, justifié sa décision en remettant en cause les critères de nomination qui limitent l’accès à l’Académie aux maîtres de conférences ou aux détenteurs de licences.
« Les personnes nommées par décret présidentiel ne sont pas connues du grand public, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont incompétentes », expliquent des observateurs. Parmi elles, le président de l’Académie, M. Djellaoui, qui est un professeur spécialisé en littérature amazighe et directeur du laboratoire de recherches de Bouira, qu’il a conduit sans faille. Il en est de même pour Djamal Nahali, qui est directeur du laboratoire de recherches de Batna, ou Zahir Meksem, professeur de la didactique, pour ne citer que ceux-là.
Même après avoir annoncé son retrait de l’Académie de langue amazighe, le professeur Dourari reste persuadé que pareille institution est un acquis « très important » qui complète l’officialisation de tamazight et l’inscription de Yennayer dans le calendrier des fêtes nationales. Or, l’Académie, poursuit le linguiste, devrait « prendre progressivement de l’élan, en corrigeant son statut et en améliorant sa composante ». Il explique que partout dans le monde, une Académie de langue fonctionne en principe avec des membres de pleins droits, des membres correspondants et honoraires. Ceux de pleins droits sont généralement des professeurs. Elle fonctionne aussi avec des étrangers généralement hyperspécialisés dans le domaine sollicité pour leur « neutralité symbolique » et avec des membres honoraires qui représentent les artistes et grands intellectuels qui utilisent cette langue et qui serviront « d’appoint » aux spécialistes par leur qualité de « créateur et de diffuseur de la langue ». Pour rappel, l’Académie est chargée de recueillir le corpus national de la langue amazighe dans toutes ses variétés linguistiques, d’établir la normalisation de la langue amazighe à tous les niveaux de description et d’analyse linguistique et l’élaboration d’un dictionnaire référentiel de la langue. Selon M. Dourari, seule une institution de ce statut est en mesure de faire ce travail.