L’Arabie saoudite s’est-elle acheté une nouvelle conduite dans sa politique de régulation des prix du pétrole ? Tout porte à le croire selon les dernières déclarations et décisions du ministre saoudien de l’Energie, Khalid Al-Falih.

Car dans un passé très récent, les Al Saoud faisaient exactement le contraire de ce qu’ils prônaient. Les demandes exigées par les membres de l’Opep, quant à une politique pour un maintien des prix du pétrole à un seuil «politiquement correct», butaient toujours sur une surabondance de la production de l’Arabie saoudite. Mais, apparemment, depuis la crise de 2014 et l’effondrement spectaculaire des prix de l’or noir, et la crise qui a fait connaître «un serrage de ceinture» aux Saoudiens pour la première fois de leur histoire, la politique énergétique saoudienne a fait un virage à 180°. La dynastie des Al Saoud a, depuis, porté haut l’étendard de l’Opep en s’impliquant dans une politique de baisse de la production, insufflant une dose de confiance aux marchés mondiaux du pétrole. En effet, depuis Abu Dhabi, le ministre saoudien de l’Energie a déclaré que le marché du pétrole est « sur la bonne voie ». Une déclaration qui serait peut-être rentrée dans le jargon diplomatique si ce n’était une suite qui affirmait «que les producteurs de pétrole étaient disposés à en faire plus si nécessaire». Avec un décodeur, les déclarations de Khalid Al-Falih sonnent comme un pronunciamiento contre les forces occultes, mais bien réelles, qui faisaient et défaisaient les marchés pétroliers selon l’humeur du moment et la politique des grands de la planète. Il y a quelques mois encore, le fantasque président américain secouait le marché de l’or noir uniquement par la force de tweets.

Il faut signaler que les prix du pétrole, et après l’accord de Vienne, ont subi quelques soubresauts pour aboutir à une dynamique de hausse «jamais enregistrée depuis 1988». Les pays de l’Opep et la Russie avaient convenu d’une réduction de 1,2 million de barils par jour pour réguler un marché en forte baisse. Mais les faits ont démontré que, bien avant janvier, une baisse de 600 000 barils par jour avait été enregistrée, boostant des marchés pétroliers devenus moribonds. La confiance saoudienne est telle que son ministre de l’Energie, toujours depuis Abu Dhabi, claironnait que son pays «était allé au-delà» de son engagement, réduisant en même temps «production et exportation». Le crédit des déclarations de Khalid est tellement fort que lui et les autres membres du cartel pétrolier ne voyaient plus « la nécessité d’une réunion extraordinaire de l’Opep avant avril », le groupe devant y déclarer sa politique de production pour l’année 2019.