La population de Raïs Hamidou (Pointe-Pescade) se souviendra sans doute longtemps de ces jours de fin d’année 2018 vécus dans la douleur et le chagrin causés par la disparition de dix de ses enfants ayant péri en mer dans leur tentative de « harga » vers l’Italie.

La douleur est montée encore d’un cran dans cette commune, qui faisait le deuil de Khaled Khebad et Ghiles Kebir, âgés respectivement 34 et 26 ans, dont les corps sans vie ont été repêchés le 17 novembre dernier au large de la Cagliari, en Sardaigne. Arrivées à l’aéroport Houari-Boumediène vers 16h35, les dépouilles des deux jeunes « harraga » ont été transportées à leur domicile familial, avant d’être enterrées le jour même après la prière d’El Icha. Sur le chemin qui mène de Pointe-Pescade aux cimetières de Miramar et d’Aïn Benian, la foule se comptait en plusieurs centaines de personnes venues accompagner Khaled, dit Dadi, et Ghilès à leur dernière demeure. Ils sont venus aussi de Bologhine, de Bab El Oued, ou encore d’Aïn Benian, pour former un cortège funèbre comme on en voit rarement, marqué par une insoutenable atmosphère de tristesse et d’émotion. De consternation aussi, notamment chez les parents des victimes, dont surtout les mamans inconsolables.
Les familles des huit autres disparus étaient aussi là, en signe d’une solidarité dans la douleur qu’elles partagent et qu’elles ressentent encore peut-être plus dans l’attente d’une nouvelle de leurs enfants.
« Il n’est ni parmi les morts ni parmi les rescapés », soupire un père gardant toutefois l’infime espoir de retrouver son fils en vie. De nombreux policiers étaient déployés, bien que discrets, aux alentours des domiciles des deux défunts. Mais aucun dérapage n’a été enregistré.
Pour rappel, 13 jeunes, dont 11 de la commune de Raïs Hamidou, avaient pris la mer, le 15 novembre dernier, à bord d’une embarcation artisanale pour rejoindre les côtes italiennes. Leur voyage a pris fin avant leur arrivée en « terre promise ». Trois d’entre eux ont été sauvés par les garde-côtes italiens, alors que les dix autres ont disparu, dont seuls les corps de Dadi et Ghilès, enterrés avant-hier, ont été repêchés.
Un drame qui a jeté l’émoi chez tous les habitants de Pointe-Pescade dont les enfants partis chercher un avenir meilleur outre-mer ne sont pas allés au bout de leur voyage et ne reviendront jamais chez eux.
Les Dadi, Ghilès et leurs compagnons dans la fatidique traversée du 15 novembre 2018 ne sont pas seuls à avoir tenté l’aventure en tutoyant la mort. La harga est devenue une culture nationale chez les jeunes. Un drame également. Les mesures prises jusqu’ici par le gouvernement n’ont pas dissuadé les Algériens des tentatives d’une immigration clandestine qu’on nomme chez nous «harga». Les «fatwas» des chouyoukhs, les prêches des imams et les propositions d’octroi de logement n’ont pas convaincu les candidats à l’immigration clandestine de renoncer à leur projet. Pour les spécialistes en la matière, le gouvernement doit prendre en charge le dossier «Harraga » et en faire une cause nationale.