Le mouvement des «gilets jaunes» ne semblait pas s’éteindre mardi, malgré les concessions annoncées la veille par le président Emmanuel Macron, qui peinait encore à convaincre ces Français modestes mobilisés depuis plus de trois semaines pour plus de justice sociale. Hausse de 100 euros par mois pour les employés payés au salaire minimum, annulation d’une taxe sur les petites retraites (sous 2 000 euros mensuels), défiscalisation des heures supplémentaires…

Dans son allocution suivie par plus de 23 millions de téléspectateurs lundi soir, le président français a détaillé ses nouvelles mesures sociales, espérant ainsi endiguer la crise que traverse la France. «Sur le coup, je me suis dit que Macron nous avait un peu entendus», confiait mardi à l’AFP Thomas Miralles, porte-parole des «gilets jaunes» des Pyrénées-orientales (sud-ouest). «Mais quand on regarde dans le détail, en fait pas du tout», se désole-t-il. Ces annonces «ne concernent pas tout le monde», explique-t-il. «Ici nous sommes très déçus des annonces du Président, la mobilisation continue», résume cet homme, qui compte venir manifester son mécontentement samedi à Paris «pour la première fois». Lundi soir après le discours présidentiel, nombreux étaient les «gilets jaunes» à exprimer leur mécontentement. «Tout ça, c’est du cinéma», déclarait Thierry, 55 ans, mécanicien vélo qui partait «bloquer» le péage du Boulou, à la frontière franco-espagnole. D’autres accueillaient plus positivement les annonces d’Emmanuel Macron. «Il y a de bonnes idées, un mea culpa, qui arrive trop tard mais on ne va pas cracher dessus», estime Claude Rambour, 42 ans, «gilet jaune» dans le Nord du pays. Jacline Mouraud, une porte-parole des «gilets jaunes» réputée modérée, a appelé à «une trêve», en saluant «des avancées, une porte ouverte» du pouvoir. Plus largement, les Français étaient eux partagés sur la poursuite du mouvement après les annonces du président. Selon une enquête de l’institut de sondage Odoxa, une courte majorité de Français (54%) souhaitait, lundi, soir que les actions des «gilets jaunes» se poursuivent, contre 66% il y a trois semaines.
Vigilance de l’UE
L’ensemble des mesures annoncées par le président devrait coûter «entre 8 et 10 milliards», a estimé mardi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Le déficit public devrait ainsi s’inscrire au-delà de la barre des 3% exigée par Bruxelles, mais «de manière strictement temporaire», a assuré le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, du parti présidentiel. L’impact des annonces sur le déficit français sera suivi «avec attention» par la Commission européenne, a averti à l’AFP le Commissaire européen à l’Economie, Pierre Moscovici. Les syndicats ont réagi froidement. «On a des réponses de court terme, on n’a pas de réponses de moyen et long terme», a regretté Laurent Berger, leader du syndicat modéré CFDT. Emmanuel Macron «n’a rien compris de la colère qui s’exprime», a condamné le syndicat CGT. Du côté des politiques, le président de la commission des finances de l’Assemblée Eric Woerth (LR, droite) a appelé les «gilets jaunes» à «lever le camp des ronds-points». «Jamais un gouvernement n’a été remis en cause de manière aussi frontale», fustigeait quant à lui le président des députés du parti de droite, Christian Jacob.
A gauche, plusieurs députés ont, de leur côté annoncé, mardi, lancer une procédure à l’Assemblée nationale pour faire tomber le gouvernement. Cette motion de censure n’a toutefois aucune chance d’aboutir. Jean-Luc Mélenchon, leader de la gauche radicale, a lui apporté son soutien à un «acte V», soit un cinquième samedi de mobilisation, malgré les nombreuses violences qui ont marqué les deux derniers week-ends. Emmanuel Macron a, à ce titre, averti lundi soir, que les «violences inadmissibles (…) ne bénéficieront d’aucune indulgence». Le Premier ministre Edouard Philippe devait s’expliquer à l’Assemblée nationale et détailler les mesures à partir de 14H00 GMT. De son côté, Emmanuel Macron recevra dans l’après-midi des représentants du secteur bancaire, et le soir les 370 députés et sénateurs de la majorité (LREM et MoDem) pour faire le point sur ses annonces. Mercredi, ce sera au tour des grandes entreprises d’être reçues, pour leur demander de «participer à l’effort collectif». Trois grands groupes français ont déclaré, mardi, qu’ils allaient accorder des «primes exceptionnelles» à leurs salariés, comme souhaité par Emmanuel Macron. Parallèlement, les lycéens poursuivent leur mouvement de contestation, aux revendications différentes mais né dans la foulée des «gilets jaunes». Mardi, 170 lycées étaient perturbés sur un total de plus de 2 000, contre 450 la veille.