Des lanceurs d’alerte ont contacté l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) pour témoigner, documents à l’appui, de faits de corruption avérés au niveau du secteur des travaux publics de la wilaya de Batna. Des abus constatés, en particulier, dans la subdivision de la daïra de Batna, dans le secteur de l’urbanisme et de l’asphaltage des routes, marchés dont le maître d’ouvrage n’est autre que l’APC de Batna. Ces dénonciateurs font état de la marginalisation du personnel technique du secteur des travaux publics dans le suivi et le contrôle des projets. Lesquels projets sont confiés systématiquement à « certains salariés de l’APC à des fins non innocentes », déplorent les lanceurs d’alerte. Ces derniers se demandent comment la direction des travaux publics de la wilaya de Batna « qui a enregistré cette année 45 opérations de réfection des routes » dans les communes de la wilaya, peut-elle effectuer ces travaux sans surveillance technique ni suivi. D’autant plus que beaucoup de routes
« sont préparées de manière suspecte », notamment dans certains quartiers du chef-lieu de wilaya, où les travaux sont réalisés de manière expéditive « en violation des règles techniques et réglementaires ». Une véritable dilapidation de l’argent public est perceptible depuis l’élaboration de la fiche technique du projet à l’attribution du marché et jusqu’à la réalisation des travaux, selon ces lanceurs d’alerte qui se demandent comment entretenir des routes initialement mal réalisées. Des exemples de réalisations approximatives de routes dans certains quartiers de la ville de Batna sont énoncés, comme celles des quartiers 19-Juin-1965 et Evolutive. Dans ce dernier cas, « de graves violations des normes de réalisation des marchés publics » sont relevées, « le projet ayant fait l’objet de pillage systématique de l’argent public », estiment les dénonciateurs. Ces derniers dénoncent des dysfonctionnements troubles dans l’octroi des marchés. « Le maître d’œuvre, c’est-à-dire l’entreprise ayant remporté le marché, a pu obtenir la signature de paiements pour un taux d’avancement des travaux à hauteur de 90%, alors que le taux réel sur le terrain est à peine de 45%. » Les lanceurs d’alertes, qui estiment que les normes techniques ne sont pas respectées affirment que « l’épaisseur de la couche de base de la chaussée (en terme technique, on appelle ça GNT (Graves non traitées), très souvent ne dépassait pas 5 cm au lieu des 20 cm spécifiés dans le cahier des charges du marché. Ce qui est le cas pour la friction de couche de revêtement, le remaniement de la couche de base et le revêtement en béton bitumineux ». Les lanceurs d’alertes disent avoir un certain nombre de documents étayant leurs accusations et prêts à les remettre aux enquêteurs. L’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) demande, à ce titre, au ministre des Travaux publics d’envoyer une commission d’enquête à Batna et de prendre les mesures qui s’imposent, comme le stipule la loi. L’AACC rappelle d’ailleurs le dernier Conseil des ministres du jeudi 27 décembre 2018 qui a adopté un projet de loi modifiant et complétant la loi du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption. Parmi les amendements introduits, il y a celui qui
« consacre et renforce la protection des lanceurs d’alerte et des dénonciateurs de la corruption », note l’association de lutte contre la corruption.