Reporters : Depuis votre dernière sortie médiatique, il y a plus d’un an, où vous avez averti que votre secteur continue d’être livré à lui-même, vous avez alors interpellé les pouvoirs publics pour se pencher sur les problèmes que vous rencontrez dans votre profession. Depuis, est-ce que les choses ont évolué ?
Benamar Mustapha Kamel : De prime abord, il est regrettable que malgré toutes les doléances que nous avons émises à travers l’Association nationale des commerçants algériens (ANCA) aucune réponse ne s’en est suivie. Par contre, nous continuons de subir de plein fouet la concurrence sauvage actionnée par les importations en masse par de nombreux importateurs que je qualifierais d’« occasionnels ». Car je peux vous assurer que certains, partis pour faire du tourisme, reviennent avec des centaines de paires de chaussures. Et cette tendance ne fait que s’amplifier, ce qui nous rend très inquiets quant à l’avenir de notre activité.

Donc vous réitérez votre appel à la tutelle ?

Nous attendons toujours une prise de conscience du gouvernement. C’est toujours le mutisme alors que nous continuons de subir les contrecoups des importations. Nous avons espéré nous réunir avec les responsables compétents pour débattre de nos problèmes et, pourquoi pas, avancer des propositions qui vont dans l’intérêt de l’économie nationale et de la profession. Nous demandons à ce qu’on nous écoute car nous avons notre mot à dire. J’estime qu’il aurait été plus logique que le ministre du Commerce nous sollicite pour en savoir un peu plus sur notre secteur dans le cadre de la mise en place de la TAPS (taxe additionnel sur les produits importés). Avec les données du marché en notre possession, l’économie du pays aurait tout à gagner d’introduire la chaussure dans la liste de la TAPS.
Selon vous, cette mesure de protection est nécessaire pour sauvegarder le produit local mais, est-ce que votre secteur est en mesure de répondre à la demande nationale ?
Il serait trop prétentieux de dire que nos capacités de production sont à la hauteur de la demande, mais j’estime que nous possédons les potentialités pour assurer 60% de la demande pour peu que les importations diminuent en volume. Et à propos des importations, il faut savoir que 320 millions de paires de chaussures restent invendus à ce jour pour cause d’importations sans limites et à tout bout de champ. Pour preuve, avec ce qu’il y a en volumes invendus, le pays pourrait interdire toute importation pendant au moins quatre ans. C’est pour dire tout l’impact négatif des importations de la chaussure.

Que demandez-vous concrètement ?

Nous ne demandons pas de l’aide financière de la part du gouvernement mais seulement de protéger la profession. Ce qui pourrait nous encourager à investir d’autant plus que nos chaussures ont leur place à l’international. Preuve en est, des professionnels de la chaussure de Tlemcen sont en pourparlers avancés avec des distributeurs espagnols. Ces derniers étant convaincus du haut niveau de la chaussure produite ici.