Reporters : Quelles sont selon vous les raisons qui poussent de nombreux médecins algériens à quitter le pays ?
Mohamed Bekat Berkani : Les conditions socioprofessionnelles en premier lieu ! Les conditions dans lesquelles les médecins travaillent dans leur pays sont pour eux un facteur d’encouragement au départ. Il y a bien sûr la question de la rémunération, sérieusement posée dans le secteur public, mais il y a aussi la progression dans le métier et dans la formation post universitaire. Beaucoup de nos médecins n’ont pas de visibilité par rapport à ce qu’ils vont faire pour être appréciés à leur juste valeur. Ce qui les intéresse, c’est de travailler de façon moderne et dans une ambiance qui leur permet de se sentir bien dans leur travail.
Que peut faire le Conseil de l’Ordre des médecins pour empêcher la fuite des médecins à l’étranger ?
Ecoutez, moi je ne suis pas en situation de mettre des chaînes aux pieds des médecins qui veulent partir. Je suis pour la liberté individuelle et la liberté de mobilité. Je suis davantage pour la discussion et le débat sur les raisons qui nous font assister à un phénomène qui m’inquiète et inquiète sérieusement le Conseil de l’ordre : le départ massif de nos compétences médicales. Si on ne se penche pas véritablement sur la question et qu’on laisse faire, on va se trouver en situation où l’Algérie va être un fournisseur net de médecins et de compétences médicales pour l’étranger. Les petites hémorragies font les grandes si on ne les soigne pas et si l’on continue ainsi, c’est tout le dispositif qu’on a mis en place depuis des décennies qui va s’effondrer.

Que voulez-vous dire ?

Je veux dire qu’il faut des années et beaucoup d’argent pour former un médecin. Le laisser partir comme ça est une perte énorme pour la santé dans notre pays et pour la collectivité nationale en général. Je veux dire que laisser partir un médecin, c’est perdre l’opportunité que ce médecin devienne formateur et contribue à l’encadrement du personnel médical de demain. L’urgence, je le répète, est de remettre tout à plat et chercher les moyens et les solutions pour que les confrères, les jeunes en particulier, se sentent bien où ils travaillent et qu’ils aient la visibilité professionnelle et les conditions qui les aident à progresser.

Quelle appréciation faites-vous de la gestion du département de la santé par le gouvernement ?

Je n’ai pas d’opinion sur l’action du gouvernement dans sa gestion du système de santé dans notre pays. Le ministère de la Santé n’est pas le seule responsable des conditions de médecins, nous comptons également le ministère de l’Enseignement supérieur pour la formation et le ministère de l’Intérieur pour la stabilité des fonctionnaires. En ce qui concerne le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, j’estime que le minimum est de s’écouter et qu’on devrait discuter des décisions qui sont prises en mobilisant toutes les bonnes volontés et compétences, associatives comprises. Dans l’échange, on peut avoir une idée plus claire de ce qu’il y a à faire pour régler les problèmes. Notre but commun et final est d’améliorer et améliorer l’état de santé.