Nacéra Khelil, secrétaire générale du Conseil interprofessionnel de la filière agrumes, première femme membre de la Chambre d’agriculture de la wilaya de Tipasa, a été choisie par ses pairs pour les représenter au Conseil interprofessionnel de la filière. Elle exploite, depuis 1993, 7 ha d’oranges en extensif des variétés Thomson et Washington Navel à Hadjout qu’elle a obtenus grâce à son diplôme d’agronome dans le cadre de la loi 87/19. Son expérience a commencé par les céréales, avant de migrer vers les agrumes grâce au Plan national de développement agricole (PNDA) qui a apporté un soutien conséquent aux agriculteurs.

Reporters : Vous êtes agricultrice dans la région de Hadjout et vous exploitez 7 ha d’agrumes. Vous venez d’être élue comme secrétaire générale du CIP Agrumes, quelle est la situation du secteur ?
Nacéra Khelil : On attend toujours l’agrément et à mon avis, cela traîne un peu pour des raisons bureaucratiques. A travers ce Conseil, on pourra avoir les coudées franches pour travailler en vue de trouver des solutions à tous les problèmes que la profession rencontre sur son chemin. C’est par l’organisation et la coordination entre plusieurs acteurs que nous parviendrons à régler nos problèmes pour, justement, passer à un autre cap, celui du perfectionnement de notre méthode de travail en mettant nos exploitations au diapason des nouvelles techniques culturales, basées sur l’intensif avec l’application rigoureuse d’un calendrier phytosanitaire adéquat sans oublier l’application d’un programme de fertilisation raisonnée. La maîtrise des nouvelles technologies ne sera possible qu’avec la formation et l’assistance technique de l’agriculteur par les cadres des instituts techniques, d’où l’importance de ces conseils professionnels dans le perfectionnement du mode de gestion de nos exploitations. Les problèmes liés à la commercialisation sont le cheval de bataille de ces conseils. Le rôle du fellah est de produire abondamment, des fruits de qualité répondant aux normes commerciales en vigueur, tel le calibrage, qui est un critère de commercialisation très important, sans omettre de souligner l’état phytosanitaire qui est, également, important comme critère. Produire en quantité et en qualité, œuvrer pour la valorisation de nos produits pour être exportables, c’est ça notre ambition .Néanmoins, tout cela ne sera possible que dans un cadre organisé d’où le rôle de ces conseils. Sans verser dans l’excès, je puis vous informer que la plupart de nos agrumiculteurs maîtrisent plus ou moins les techniques nouvelles grâce aux journées de vulgarisation que la Chambre agricole organise, en collaboration des cadres de la DSA et ceux des instituts techniques. Les 560 agrumiculteurs recensés et plus d’un millier d’exploitations dédiées aux agrumes, toutes variétés confondues, sont appelés à nous rejoindre pour travailler ensemble et essayer de régler les éventuels problèmes auxquels ils sont confrontés.
La nouveauté, cette année, c’est une nette augmentation de la production, car il faut reconnaître que les producteurs ont acquis un savoir-faire indéniable avec l’introduction des nouvelles techniques culturales, comme le mode d’irrigation au goutte-à-goutte qui s’est généralisé, la maîtrise du programme phytosanitaire, l’application de programme de nutrition et de fertilisation, comme je l’ai déjà souligné précédemment. Le traitement d’hiver des arbres ne se faisait pas auparavant. Ces derniers sont très importants car il permet de protéger et préserver l’arbre pendant la période de dormance où les arbres sont traités avec de l’huile blanche avant la floraison, ce qui permet d’éliminer 50% des parasites. C’est une mesure préventive très utile car elle évite la propagation des maladies. La vulgarisation de ces techniques a été faite grâce aux rencontres organisées par la CAW, les sociétés et l’INPV qui est très active dans ce créneau et qui a prodigué de nombreuses formations sur la mineuse des agrumes, la cochenille ou la cératite qui sont des parasites qui peuvent compromettre toute la production si on ne les traite pas à temps.

Quels sont les  
problèmes de la  filière agrumes aujourd’hui ?
Le gros problème actuellement est celui de l’écoulement des produits. Les prix pour le fellah sont trop bas, car il y a une surproduction cette année. Durant cette période, les mêmes variétés sont mises sur le marché, c’est-à-dire de décembre à mars, et aujourd’hui, il y a une grand quantité sur le marché d’où la nécessité d’aller vers l’étalement de la production, qui a été l’un des thèmes de cette 16e édition.
La Thomson et la Washington, qui dominent le marché, sont vendues à moyen prix cette année et, au niveau du marché de gros, leur prix varie entre 50 et 80 DA. Le même problème se pose au niveau du Maghreb, c’est-à-dire au Maroc, et même en Egypte. n

Les recommandations des participants
Les 350 participants à la rencontre de la 16e édition de la Fête des agrumes, qui a eu lieu lundi au complexe touristique la Corne d’or, ont adopté six recommandations résumant leurs préoccupations du moment qui, si elles étaient prises en charge, leur permettraient de venir à bout de certains problèmes en vue d’améliorer les rendements et, par conséquent, la production qui connaît une évolution constante marquée par le classement de la wilaya à la 3e place au niveau national.
1. La réhabilitation des réseaux de drainage
2. L’ouverture des pistes agricoles dans les régions forestières
3. Le recours à l’intensification des cultures
4. L’importance de l’analyse des sols et de réalisations d’études pédologiques
5. Le développement de la formation par filière
6. La mise en place de feuilles de route pour tous les conseils interprofessionnels