Londres, Madrid, Paris et Stockholm ont reconnu l’opposant Juan Guaido comme légitime à organiser une élection présidentielle. Un coup de force qui fait exacerber le bras de fer en cours entre deux camps antagoniques avec l’immixtion de plus en plus flagrante des Etats-Unis et des Européens. L’Espagne a été la première à annoncer sa reconnaissance du coup de force contre la légitimité du Venezuela qui pourtant est le résultat de la dernière élection présidentielle. «Le gouvernement espagnol annonce reconnaître officiellement le président de l’Assemblée du Venezuela, Guaido, comme président en charge du Venezuela», a déclaré le chef du gouvernement, Pedro Sanchez. Une reconnaissance immédiatement suivie par celles du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Portugal, qui avaient également lancé un ultimatum contre Maduro. La Suède, le Danemark et la Lituanie ont également annoncé reconnaître Juan Guaido, ainsi que l’Autriche. Une tendance qui préfigure une situation de tension extrême dans ce pays qui refuse la tutelle américaine. La Russie s’est aussitôt insurgée contre ces ingérence des Européens : «Nous percevons les tentatives de légitimer l’usurpation du pouvoir comme une ingérence directe et indirecte dans les affaires internes du Venezuela», a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. La veille, Nathalie Loiseau, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, avait qualifié de «farce tragique» la proposition de Nicolas Maduro d’élections législatives anticipées. Les Occidentaux semblent ne vouloir, ni plus ni moins, qu’une destitution d’un président élu en mai 2018 par son peuple. Le Venezuela reste sous pression occidentales depuis la période Chavez irrémédiablement révolutionnaire et anti-impérialiste. Les Européens, comme les Etats-Unis se sont refusé à reconnaître comme légitime le second mandat de Nicolas Maduro. Cependant ces même européens n’hésitent pas à reconnaître une légitimité à une personne non élue. La reconnaissance de Juan Guaido par ces dix capitales suit celles des Etats-Unis, du Canada et de nombreux pays d’Amérique latine, dont la Colombie et le Brésil, qui avaient lancé le coup de force le 23 janvier. Le Parlement européen a franchi le pas le 31 janvier, appelant l’ensemble des pays de l’UE à faire de même.

Mais cette posture ne fait toujours pas l’unanimité.

Les manœuvres  de Washington
Les premières réactions de la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, ont été pour le moins prudentes, voire embarrassées. Les divisions sont apparues dans toute leur évidence lors de la réunion des ministres des affaires étrangères des vingt-huit, à Bucarest le 1er février. Face aux six capitales les plus engagées, une majorité est restée prudente. Il reste pour le moins difficile de faire passer une action forcée par des systèmes dit démocratiques. La coalition italienne est profondément divisée, la Ligue de Matteo Salvini étant au diapason du Brésil et des Etats-Unis, alors que le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio campe sur la position d’Athènes qui soutien Nicholas Maduro. Les vingt-huit veulent pousser à la sortie ce dernier Président élu du Venezuela recourant à la menace. Ce dernier a fustigé « le plan macabre des États-Unis », pointant les manœuvres orchestrées depuis plusieurs semaines par Donald Trump et sa garde rapprochée en soutien à la tentative de coup d’État de l’opposition de droite. La détérioration avérée de la situation économique et sociale du pays constitue une aubaine dont la Maison-Blanche tente de se saisir pour se débarrasser d’un système qui lui est hostile. Washington a promis 20 millions de dollars d’aides au Venezuela à condition que Juan Guaido soit installé au pouvoir. « Nous n’avons pas été et ne serons pas un pays de mendiants », a répliqué Maduro, dénonçant ceux qui sont prêts à « vendre leur patrie pour 20 millions de dollars ». Washington menace désormais de recourir à la force militaire ce qui pourrait présager d’une déflagration incontrôlée. n