La Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) a estimé, hier à Paris, que la croissance de l’Algérie restera «modérée» en 2019, tout en maintenant depuis trois années consécutives la note « C » dans son guide annuel des risques pays.

C’est la troisième fois consécutive que la Coface dégrade la note de l’Algérie qui recule à la catégorie « C » depuis 2016, alors qu’elle était classée depuis 2009 à la catégorie « A4 ». Encore une fois, l’assureur français juge que les perspectives économiques et financières de l’Algérie sont très incertaines, l’environnement des affaires comporte d’importantes lacunes et la probabilité moyenne de défaut des entreprises est élevée. En Afrique du Nord, l’Algérie est classée avec la Tunisie, qui a perdu une catégorie, à la troisième place derrière le Maroc (A4) et l’Egypte (B). Derrière elles, viennent la Mauritanie (D) et la Libye (E) en raison de la crise. Sur les 48 pays africains évalués, l’Algérie partage la 15e place avec l’Angola, le Burkina Faso, le Cameroun, Djibouti, l’Ethiopie, le Gabon, la Guinée, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, le Congo (RD), Sao-Tomé-Et-Principe, la Tanzanie, le Togo et la Tunisie. La croissance de l’Algérie restera « modérée » en 2019, confirmant ainsi les récentes projections de la Banque mondiale qui s’attend à ce que «la croissance de l’Algérie décélère à 2,3%, contre 2,5% en 2018, du fait de la diminution progressive des dépenses publiques». Les trois premières notes de conjoncture de l’ONS de 2018 ont montré que la croissance du PIB était plutôt au-dessous des prévisions officielles, s’établissant à 1,3% au 1er trimestre 2018 par rapport à la même période de 2017, avant qu’elle ne décélère au second trimestre de la même année, se situant à 0,7%. La note de conjoncture pour le troisième trimestre de l’année dernière montre que la croissance globale du PIB de l’Algérie a été de 0,8%.
Elle se situerait légèrement au-dessus de 1% si l’on se fie aux premières données de l’exercice précédent. Au plan budgétaire, la Coface s’attend à ce que la reprise des cours du brut dès janvier 2019 confère à l’Etat «des marges de manœuvre budgétaire supplémentaires, mais (…) ces dernières seraient axées sur des mesures sociales.
Les transferts sociaux devraient en effet augmenter, ce qui soutiendrait la consommation des ménages, mais les dépenses d’investissements publics devraient marquer le pas». Selon la Coface, l’investissement privé pâtira de la baisse de la dépense publique et d’un climat des affaires «peu favorable». La remontée des cours du brut favorisera également «une légère diminution du déficit public en 2018, qui devrait se poursuivre en 2019». Mais la «dette publique devrait augmenter» sous l’effet de la hausse des dépenses de fonctionnement et des transferts sociaux, «mais elle restera majoritairement domestique». «Le recours à l’endettement extérieur reste pour le moment exclu par les pouvoirs publics», a-t-on affirmé, relevant que le déficit courant s’est «nettement contracté» en 2018. L’assureur français du commerce extérieur prévoit également une érosion des réserves de change de l’Algérie au-dessous des niveaux actuels, mais à un rythme moins rapide, prévoyant une augmentation des IDE, «notamment grâce la nouvelle loi d’investissement dans le secteur pétrolier». Le pays restera confronté dans les années à venir à l’énorme défi de diversification de son économie, à un taux de chômage des jeunes «élevé», au poids «excessif» du secteur public, ainsi qu’aux lourdeurs bureaucratiques, les faiblesses du secteur financier et un environnement des affaires «problématique», note l’assureur français. La Coface termine ses projections par une note positive, soulignant d’importantes réserves en pétrole et en gaz, le potentiel dans les domaines des énergies renouvelables et du tourisme et la situation financière extérieure solide (très faible endettement extérieur, importantes réserves de change).