Nabni va battre la campagne ! Le collectif de réflexion prévient joliment que son déploiement sur le terrain sera pour les idées. Autrement dit, il occupera le champ du débat, mais pas pour tel ou tel candidat. Les projets de réflexion qu’il compte lancer durant la période qui précédera le scrutin présidentiel du 18 avril sur l’état général du pays devraient servir de rappel des défis et des enjeux auxquels l’Algérie est confrontés et le sera davantage dans les décennies qui viennent. Cela, avec des conséquences certaines sur son avenir, sa sécurité au sens générique et moderne du terme et la place qu’elle a l’ambition d’occuper en Afrique et au sein du continuum Afrique du Nord-Machreq. Avec son intention d’intervenir en pleine séquence électorale sur les questions vitales auxquelles le pays est désormais soumis, le think tank va certainement placer très haut la barre par rapport au débat et aux propositions qu’auront à proposer les candidats à l’élection présidentielle. Et ceux qui s’interrogent encore sur ce à quoi servent les clubs de réflexion, malheureusement peu nombreux, dans notre pays, ils auront à apprécier des analyses, des suggestions et des recommandations de Nabni sur des dossiers aussi cruciaux que la place de la femme dans la société, l’équation écologique, les migrations et la question sensible du Maghreb, horizon incontournable mais bouché pour longtemps sans doute, à cause du conflit du Sahara occidental. Il est d’autant plus important que Nabni décide de «descendre» en campagne pour ses idées en ce moment préélectoral que le collectif n’a pas semblé avoir été apprécié à la juste valeur de ses interventions depuis 2011, date de son émergence sur un terrain seulement occupé par le collectif de réflexion sur l’entreprise (Care). On peut s’interroger sur ce peu d’attention des parties concernées (gouvernement, partis politiques, parlementaires et associations) à des propositions aussi importantes à discuter, mais l’occasion viendra sûrement pour le faire tranquillement.
Et une campagne électorale à laquelle le think tank a décidé de s’intéresser par la mise à jour de son action depuis bientôt sept ans (Nabni a vu le jour en avril), servira avant tout à cela !
D’ici là, il faut admettre que dans l’offre de sortie de crise recensée, le collectif est l’un des rares à accompagner ses constats par des propositions, selon une vision libérale, il est vrai, mais on attend toujours l’apparition de think tank de gauche. Par ailleurs, ses avertissements relatifs au retard pris par l’Exécutif pour la réforme de la donne économique dans notre pays se sont avérés pertinents. Si Nabni avait été écouté par exemple sur le dossier de la subvention publique (que tout le monde sait aujourd’hui insoutenable par la façon dont elle est pratiquée aujourd’hui par le ministère de la Solidarité – qui devrait être lui-même soumis à l’audit tant son efficacité n’est pas du tout convaincante -), on n’entendrait pas aujourd’hui un ministre de l’Energie bafouiller la nécessité à revoir les tarifs de l’énergie pour tous et à trouver une grille pour les vulnérables d’entre les Algériens. On ne serait pas là à énumérer les alertes du Premier ministre ou de l’argentier du pays – ainsi que ses collaborateurs – sans que rien soit visible sur le terrain en termes d’initiatives conformes aux logiques économiques, mais aussi de responsabilités de l’Etat envers les couches vulnérables.
Après qu’on eut assisté récemment au classement de Care parmi le think tank qui compte dans la région Mena. L’arrivée annoncée de Nabni dans le débat économique, politique et social en période électorale permettra d’aborder avec plus d’audience et d’acuité les pistes de réformes à faire dans le pays et, pourquoi pas, de construire des programmes par ceux dont la vocation et l’ambition politique est de les faire. La diffusion des idées se fait par la porosité espérée entre les think tanks et les états-majors de campagne.n