La relation entre le Maroc et l’Arabie saoudite qui le soutenait sur le dossier du Sahara occidental semble passer par une véritable zone de turbulences. Les deux monarchies, qui entretenaient un lien considéré comme étroit, se regardent désormais en chiens de faïence.

Le Maroc a décidé d’interrompre son action militaire avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen et aurait même rappelé son ambassadeur en Arabie saoudite, selon des médias internationaux. Un responsable du gouvernement marocain a déclaré, jeudi, que le Maroc ne participait plus aux interventions militaires ni aux réunions ministérielles au sein de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Cette montée de tension entre deux royaumes, qui entretenaient pourtant des relations considérées comme stables, dénote de l’affaiblissement de l’influence de Riyad suite à une série de revers stratégique : l’enlisement au Yémen, l’échec dans sa politique vis-à-vis de Damas et sa quasi-perte de rôle au Liban. L’interview qu’avait donnée le mois dernier le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, à la chaîne qatarie Al Jazeera semble avoir été très mal perçue à Riyad. Le fait que le Maroc ait exprimé indirectement sa non-disponibilité à recevoir le prince héritier Mohamed Ben Selman, devenu sulfureux suite à l’affaire Kahshoggi, a visiblement été mal pris par les Saoudiens. Le rapprochement entre le Maroc et le Qatar a également été considéré comme une véritable offense par Riyad qui ne s’attendait pas à cet « affranchissement» soudain d’un pays qui, souvent, était dans un suivisme systématique vis-à-vis du puissant royaume saoudien. Le Maroc avait d’ailleurs participé sans coup férir à la « coalition » militaire pour intervenir au Yémen. Rabat avait même sacrifié ses relations avec l’Iran pour être en phase avec l’Arabie saoudite pour qui Téhéran est devenu l’ennemi à abattre.
Le Qatar en filigrane
Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita avait, durant cet entretien, annoncé que la participation du Maroc au Yémen avait « changé ». Le chef de la diplomatie marocaine a également laissé entendre, durant la fameuse interview, que son pays n’était pas disposé à recevoir le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, qui avait effectué une tournée dans plusieurs pays, dont l’Algérie, début décembre 2018. La réaction de Riyad ne s’est pas fait attendre. La chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya, considérée quasiment comme la porte-parole du gouvernement saoudien, a diffusé un documentaire sur le Sahara occidental, affirmant que le Maroc avait «envahi le Sahara après le départ des colonisateurs espagnols en 1975». Le ton inhabituel de cette TV saoudienne donnait presque la part belle au Polisario, qui revendique l’indépendance du peuple sahraoui, rappelant que l’ONU le reconnaissait comme le représentant légitime du peuple sahraoui. Ce traitement inédit de l’information dans l’un des principaux médias saoudiens liés à ce dossier semble avoir fait frémir Rabat. Le Washington Post a affirmé que « le Maroc a rappelé son ambassadeur en Arabie saoudite pour consultations ».
L’ambassadeur marocain semble toujours retenu dans son pays, une position qui semble exprimer l’irritation de Rabat. Un froid, semble-t-il, est en train de s’installer entre le Maroc et l’Arabie saoudite et qui pourrait avoir des conséquences sur des relations pas comme les autres. Pour certains observateurs, le Maroc n’a pu se permettre ce type d’affranchissement de Riyad que parce que l’Arabise saoudite est sérieusement mise à mal à l’international depuis l’affaire du journaliste assassiné à l’intérieur du consulat saoudien d’Istanbul. Une affaire qui a même réussi à ébranler les relations tout autant particulières entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis de Donald Trump.<