L’intellectuel et sociologue Nacer Djabi était l’invité, hier, du forum du Rassemblement action jeunesse (RAJ) pour décrypter l’actualité politique et apporter son appréciation sur le rendez-vous de l’élection présidentielle d’avril prochain. Pour cet analyste, il n’y a aucun élément sur le terrain qui indique la fin du statu quo qui caractérise le paysage politique national. La prochaine élection présidentielle, a-t-il ajouté, va s’imposer sous les habits d’un « référendum pour ou contre » le chef de l’Etat sortant. Le scrutin, comme ceux qui l’ont précédé, « ne sera pas porteur de changement », a soutenu le sociologue, qui a expliqué que cette situation découle de deux réalités : l’absence de volonté politique de changement au sein du système en place et l’incapacité des forces se réclamant de l’opposition à produire les conditions de changement qu’elles souhaitent.
Nacer Djabi va jusqu’à considérer, qu’au sein même de cette opposition, il y a « une crise de reproduction » de schémas ne permettant pas l’émergence d’alternatives aux groupes qui dirigent ses différents partis et formations politiques.
Le constat vaut également pour les associations, a-t-il encore soutenu, identifiant la présidence de la République et la haute hiérarchie de l’Armée comme les deux grands centres de décision dans le pays. La « crise de reproduction », a-t-il souligné, s’explique par l’incapacité des forces de l’opposition (partis et associations) à capter l’intérêt des jeunes et à les séduire pour les intégrer dans des dynamiques revendicatrices de changement et de levée du statu quo actuel. « Tous les éléments favorisant le maintien de la situation qui perdure depuis des années sont là » et «l’Algérie est actuellement dans l’incapacité d’opérer un changement », a insisté Nacer Djabi.
Le système algérien en place est « opaque », et pour tenter d’en comprendre quelques mécanismes de fonctionnement, il faut consulter les mémoires d’anciens responsables et hauts commis de l’Etat qui veulent bien témoigner de leurs parcours. Cette singularité ajoute à la difficulté de changement attendue, estime Nacer Djabi, qui constate l’arrivée progressive dans le champ politique algérien des forces de l’argent, qui peuvent devenir un acteur prépondérant, voire décisif, « s’il n’y a pas un cadre juridique qui empêche leur interférence dans la politique » et pour « éviter que l’argent sale n’échappe au contrôle ».
Selon le sociologue, il y a nécessité de vigilance devant une « tendance » où des forces cherchent « à transformer l’argent public en bien privé ». Le débat devrait porter davantage sur ce phénomène pour bien comprendre ce qui se passe de fondamental dans le pays, a-t-il dit.