La production nationale de gaz naturel s’élève à 130 milliards de mètres cubes. Mais, en parallèle, la demande locale observe, année après année, une croissance exponentielle. Des statistiques estiment que l’Algérien consomme  700 000 m3/an de gaz et avec l’augmentation de la population, en 2030, à 50 millions d’individus, la consommation ne fera qu’augmenter. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, avait bien alerté : «Sans une solution efficace à cette demande, l’Algérie ne sera plus en mesure, dans deux ou trois ans, d’exporter». A cet accroc, s’ajoute un autre, et non des moindres. Le directeur des statistiques à Sonatrach, Nassim Hallal, qui intervenait à l’émission «La semaine éco» de la Télévision nationale, relève que les perspectives inhérentes à la demande européenne pour l’achat du gaz naturel algérien sont «inquiétantes». Rappelons que 13% des importations de gaz naturel de l’Union européenne viennent d’Algérie. Enchaînant, le responsable du groupe pétrolier souligne la nécessité d’avoir de meilleures perspectives pour continuer à investir. En effet, à la 11e place mondiale en termes de réserves de gaz naturel conventionnel, 3e fournisseur de gaz à l’Europe en couvrant entre 25 et 30% des besoins gaziers du Vieux Continent, l’Algérie devra redoubler d’efforts et d’efficacité pour maintenir sa place face à une concurrence féroce sur son marché traditionnel. Outre la Russie, et le Qatar, les Etats-Unis tentent des entrées sur le marché européen. Selon des prévisions de l’AIE, le pays de l’oncle Sam apportera, en 2022, plus d’un cinquième du gaz mondial et deviendront, avec la Russie et la Norvège, un incontournable fournisseur de gaz. De son côté, l’ex-patron de Sonatrach Abdelmadjid Attar, également invité à l’émission «la semaine éco» de la Télévision nationale, évoque un problème supplémentaire : «L’essentiel de la production énergétique algérienne n’est pas producteur d’autres richesses». Le meilleur arbitrage entre l’exportation et la consommation nationale qu’il préconise est, dit-il, tributaire de nouvelles découvertes et la modification profonde de la politique énergétique, notamment en matière de consommation. Dans la même optique, M. Attar revendique une économie, voire une sobriété énergétique capable de ramener la consommation nationale à la baisse de façon plus économique que l’investissement en énergies renouvelables. A ce sujet, Mourad Preure, expert pétrolier, indiquait que «la demande gazière nationale croît au rythme de 4% par an et pourrait atteindre, en 2019, selon le CREG,
45 milliards m3 (scénario moyen) et 55 milliards m3 (scénario fort)». Selon ces prévisions, a-t-il poursuivi, «l’Algérie cessera d’exporter du gaz naturel dès 2020. Les réserves gazières algériennes sont limitées, comparativement aux réserves moyen-orientales ou russes». Avec l’approche de la fin des contrats à long terme avec les partenaires européens, une nouvelle stratégie s’impose. «Le marché européen, notre marché naturel, devient ainsi fortement concurrentiel avec, outre le gaz américain, la source russe qui vise à se renforcer, le gaz qatari et moyen-oriental en général, le gaz nigérian, l’Est méditerranéen, et demain l’Ouest africain (Mozambique, Tanzanie)», expliquait Dr Preure. L’arrivée de ces nouveaux gaz, analyse-t-il, «renforce les marchés de court terme, rendant totalement obsolètes les contrats de long terme avec la clause de take or pay sur la base desquels est bâti le modèle d’exportation algérien. L’Algérie a pour souci majeur de protéger ses débouchés et se redéployer dans ce contexte nouveau».