Le président rwandais Paul Kagame, qui a multiplié les initiatives durant son année à la tête de l’Union africaine, a passé le témoin à l’Egypte, pays important du Continent en quête de renouveau. Au premier jour du sommet de l’organisation à Addis-Abeba le chef de l’Etat égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a pris officiellement la présidence tournante de l’UA.

Un sommet inscrit sous le sceau de la poursuite des réformes institutionnelles de l’organisation panafricaine, l’établissement de la Zone de libre-échange continentale (Zlec) et les crises politiques traversant le continent. Cette session a aussi été l’occasion de dévoiler l’identité de la présidence suivante, en 2020. Il s’agira de l’Afrique du Sud, et donc de son président Cyril Ramaphosa, s’il est confirmé à son poste lors des élections générales qui doivent se tenir cette année. Pretoria s’est imposée, au détriment de l’Eswatini (nouveau nom du Swaziland), qui était candidat à ce poste qui devait revenir à l’Afrique australe. Mbabane devrait toutefois obtenir un lot de consolation, en accueillant les ministres des Affaires étrangères du continent mi-2020 à l’occasion d’un conseil exécutif, les traditionnels sommets de milieu d’année ayant été supprimés dans le cadre de la réforme de l’UA. Après une présidence particulièrement active Paul Kagame a terminé « sa mission » avec une énième initiative sur les soins de santé en Afrique. Le président rwandais dont le nom s’est fortement imbriqué avec les initiatives de réformes de l’UA a passé la main avec un bilan jugé incomplet. Son successeur s’est engagé à poursuivre certains efforts déployés précédemment, à commencer par la Zlec, un des projets clés de l’UA pour renforcer l’intégration du continent. Kagame était parvenu en mars 2018 à obtenir la signature de 44 pays sur l’accord d’établissement de la zone de libre-échange. Une propension que son homologue égyptien aura à faire aboutir : 19 pays ont à ce jour ratifié l’accord, alors que 22 ratifications sont nécessaires avant qu’il n’entre en vigueur. L’Egypte souhaite d’ailleurs à l’occasion de son retour renforcer sa position sur le continent africain et entamer une réapparition notable après un flottement lié aux «printemps arabes ».
« Vent d’espoir »
Le style Sissi devrait particulièrement s’opposer avec celui de son prédécesseur. Le président Sissi devrait cependant se démarquer de son prédécesseur en axant sa présidence sur la sécurité, le maintien de la paix, et la reconstruction post-conflit, des questions étroitement liées au thème de l’UA choisi pour 2019, année des « réfugiés, rapatriés et personnes déplacées ». Les grands Etats africains influent d’habitude fortement la politique de l’organisation lors de leurs présidences. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres présent hier à Addis-Abeba, a salué un « vent d’espoir » qui souffle selon lui sur l’Afrique, après une série d’élections pacifiques (RDC, Madagascar, Mali), d’accords de paix (Soudan du Sud, Centrafrique) et de réconciliations (Ethiopie-Erythrée).
Une période jugée prometteuse par les observateurs. Ces derniers n’attendent toutefois pas de Sissi un mandat aussi actif que celui de Kagamé. L’Egypte n’a jamais oublié sa suspension de l’UA en 2013, décidée après la destitution par l’armée du Frère musulman Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu en 2012. Le départ de Kagamé devrait se ressentir. Les réformes institutionnelles, processus porté depuis 2016 par l’iconoclaste président rwandais, ne devraient pas trouver supporters. Kagamé a toujours mis la question en bonne place sur l’ordre du jour de l’UA. De plus si l’Egypte a assuré publiquement être engagée dans le processus de réformes, l’instauration d’une taxe de 0,2% sur les importations permettant d’assurer l’indépendance financière de l’UA – dont plus de 54% du budget 2019 proviendra de donateurs étrangers – pourrait susciter la réticence de certains Etats.