Le taux de chômage des jeunes de la tranche 16-24 ans s’est établi à 29,1% en septembre 2018 contre 26,4% en avril de la même année, marquant une hausse de 2,7 points et 28,3% en septembre 2017, selon les dernières données diffusées, hier, par l’Office national des statistiques (ONS).
Le chômage des jeunes reste particulièrement marqué et vient s’ajouter aux mauvaises statistiques sur la croissance qui ont caractérisé les trois premiers trimestres de 2018. Pour cette tranche d’âge (16-24 ans), le taux de chômage a atteint 24,6% chez les hommes et 51,3% chez les femmes. Cette tranche est un indicateur des conséquences de la crise sur les variables sociales. Et il se pourrait que la situation se complique davantage dans les mois à venir, puisque la croissance est en repli et pâtit de la baisse de l’investissement public. Cette remontée du chômage chez les jeunes laisse transparaître aussi l’existence d’un fossé entre l’école, l’université et le marché du travail ; les qualifications sont par moments inadaptées aux évolutions du marché du travail, ce qui fait que cette catégorie, qui renferme souvent des diplômés des centres de formation professionnelle et d’universités, voire sans qualification aucune, se voit confrontée à une réalité qui tranche avec les diplômes obtenus. Il y a en somme des difficultés liées à la mauvaise croissance économique et d’autres à l’insertion des jeunes diplômés et ceux sans qualifications. Preuve en est que sur l’ensemble de la population au chômage, les diplômés de la formation professionnelle constituent 26,4% (386 000 chômeurs), alors que les diplômés de l’enseignement supérieur 27,9% (408 000 chômeurs), touchant essentiellement la tranche d’âge entre 16 et 24 ans. Pis encore, l’ONS fait constater qu’en moyenne plus d’un chômeur sur deux (56,9%) est un chômeur de longue durée, cherchant un poste d’emploi depuis une année ou plus. Pour ainsi dire, le chômage des jeunes en Algérie reste particulièrement alarmant. La situation pourrait se compliquer davantage avec la perspective d’un recul de l’investissement public sous le coup de la baisse des dotations budgétaires canalisées au profit de l’équipement. Cela s’ajoute à la décision de geler les embauches dans la Fonction publique, exception faite de la Santé et de l’Education, à même de faire face aux départs massifs à la retraite, conséquemment à la décision de supprimer les retraites proportionnelles et sans conditions d’âge prise en 2017. La croissance économique fait également défaut et risque de se poser en écueil à l’absorption du chômage. Après une année 2018, où la croissance était pour le moins faible (0,7 au second trimestre et 0,8 au troisième trimestre), les prévisions pour l’année 2019 sont plutôt pessimistes. Dans ses dernières
« Perspectives économiques mondiales » publiées début octobre, la Banque mondiale a maintenu inchangée sa projection de croissance pour 2019 à 2,7%. Son institution jumelle, le FMI, qui a confirmé dans un rapport distinct le trou d’air dont souffre le moteur de croissance, a prévu un rebond du chômage à 13,3% en 2019, contre une prévision de 11,6% pour l’année en cours. Un tel niveau de croissance serait insuffisant pour créer de l’emploi, d’où la révision à la hausse des prévisions sur le chômage qui toucherait davantage les catégories jeunes et sans qualifications. Une bombe à retardement.<