De nombreux pays s’emploient déjà à renforcer leurs cadres budgétaires, souvent avec le concours du FMI. Ce sont là les propos de la Directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, qui s’exprimait à l’occasion du Quatrième forum arabe sur les finances publiques qui s’est tenu, samedi 9 février, à Dubaï. La patronne du FMI a cité, à ce titre, l’exemple de l’Algérie qui a récemment adopté une nouvelle loi de finances résolument axée sur le moyen terme en référence à l’instrument de programmation budgétaire pluriannuelle, adopté par le gouvernement pour améliorer sa visibilité financière. C’est un point de gagné pour l’Exécutif, soumis à de fortes pressions en ces temps de crise économique. Effectivement, le gouvernement a amorcé une nouvelle approche en matière de gestion des finances publiques, avec l’adoption d’une loi organique relative aux lois de finances. Ce faisant, il veut mettre les outils d’élaboration et de planification budgétaires en phase avec les réformes engagées dans les finances publiques. Cela lui donnera de la marge à l’avenir. Le texte vise à mettre en fait la législation en la matière, en concordance avec la Constitution qui dispose de la promulgation d’une loi organique relative aux lois de finances. L’Exécutif sera tenu à l’avenir de présenter au Parlement, dès le printemps, un rapport sur la conduite en cours des finances publiques. En outre, les délais de présentation de la loi de règlement budgétaire seront graduellement réduits d’un exercice antérieur de trois années actuellement, à un exercice antérieur d’une année seulement. Le pays semble ainsi aller dans la bonne direction, l’objectif étant de rationaliser les dépenses et d’assurer une croissance durable. Et, le FMI apprécie. Mme Lagarde a d’ailleurs souligné la nécessité d’adopter des politiques des finances publiques tournées vers le moyen terme pour atteindre une croissance inclusive et durable. Privilégier l’horizon immédiat revient à compliquer la mise en œuvre de réformes indispensables, a-t-elle soutenu, ajoutant qu’il y a matière à améliorer les cadres budgétaires dans cette région qui souvent, privilégient le court terme et manquent de crédibilité.
Pays pétroliers : perspectives précaires
En théorie du moins, le pays veut se défaire de la rente pétrolière et diminuer les dépenses publiques, pour éviter les effets du syndrome hollandais. Et le gouvernement en place dit s’assurer que les dépenses publiques sont bien gérées et que l’argent des contribuables est utilisé d’une manière efficace et efficiente. Dans la pratique, elle n’est toutefois pas encore dans les clous. C’est toujours la dépense publique qui tire la croissance. Les pays exportateurs de pétrole, le nôtre en fait partie, pourraient pourtant suivre l’exemple des pays riches en ressources naturelles, tels que le Chili ou la Norvège, qui recourent à des règles budgétaires pour mettre leurs dépenses prioritaires en matière sociale, à l’abri de la volatilité des cours de brut. Et là, la Directrice du FMI pointe les volumes importants de dépenses non inscrites au budget dans plusieurs pays de la région où les fonds souverains financent directement des projets en faisant fi des procédures budgétaires normales. Les entreprises publiques de certains pays arabes recourent lourdement à l’emprunt, en dehors du budget, relève le FMI. Remédier à ces risques pour les finances publiques améliorerait non seulement la crédibilité et la transparence budgétaires, mais contribuerait en outre à freiner la corruption, a-t-elle indiqué. Evoquant les perspectives des pays pétroliers de la région, Mme Lagarde a soutenu qu’elles demeuraient particulièrement précaires notamment en raison de la nécessité pour ces pays de passer rapidement aux énergies renouvelables au cours des décennies à venir. Du fait de la diminution des recettes, les déficits budgétaires des pays arabes ne se résorbent que lentement, malgré des réformes ambitieuses en matière de dépenses et de recettes. Cette situation s’est traduite par une forte hausse de la dette publique, qui est passée de 13 % du PIB en 2013 à 33% en 2018.Pour les pays du Golfe, la Directrice du FMI a précisé que les cellules macro-budgétaires, mises en place par l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis et le Qatar, constituent aussi une première étape utile pour renforcer les cadres budgétaires.n