Le présumé prochain président de la Banque mondial est au cœur d’un nouvel échange musclé entre le chef de la Maison Blanche, Donald Trump, et la cheffe de file de l’opposition démocrate à la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

Le candidat s’appelle David Malpass, il occupe actuellement le poste de sous-secrétaire aux affaires internationales après avoir été chef économiste de la banque d’affaires Bear Stearns, disparue en 2008. Ce chargé du Trésor américain, favori du président Trump pour succéder à son compatriote Kim Jong Kim, est connu pour être un grand pourfendeur de la Banque mondiale. Il l’accuse de « gaspillage d’argent » et ses structures d’être « corrompues » dans leurs pratiques de prêts. M. Malpass est surtout réputé pour ses piques contre les prêts accordés par la BM à la Chine, une rhétorique qui plait dans les cercles de l’administration Trump et agace l’opposition démocrate. Pour Nancy Pelosi, il risque de « saper les missions de l’institution ». C’est « un pyromane invétéré (qui) va désormais être notre chef des pompiers», a réagi pour sa part dans un tweet, W. Gyude Moore. L’ancien ministre du Libéria met en garde contre l’opposition exprimée par M. Malpass aux prêts à la Chine, soulignant que les intérêts payés par le géant asiatique permettaient de financer l’assistance aux pays à bas revenus, dont un grand nombre sont concentrés en Afrique. « Il n’a jamais donné d’alternative sur la manière dont la Banque va accroître ses réserves» financières, a-t-il déclaré à l’AFP. « Je m’interroge sur le fait d’avoir (comme président) une personne qui est fondamentalement opposée à la manière dont la Banque fonctionne. C’est préoccupant», a-t-il ajouté. « Bien que certaines des critiques de (David) Malpass soient valables, un ancien chef économiste d’une institution financière (la banque Bear Sterns, ndlr) – dont l’imprudence a contribué à détruire l’économie mondiale en 2008 – est l’une des dernières personnes sur lesquelles nous pouvons compter pour faire de la Banque un organisme plus responsable» , estime également David Pred, directeur de Inclusive Development International.
Des avis partagés, un discours de campagne
Dans un éditorial, le Wall street Journal estime en revanche que M. Malpass est le « meilleur» pour diriger la banque dont il comprend les rouages alors qu’il a déjà oeuvré à « sevrer» la Chine, de plus en plus riche et ambitieuse selon le quotidien des affaires, des financements de l’institution de Bretton Woods. The Economist est plus circonspect mais juge que les partenaires des Etats-Unis ont tout lieu d’être « soulagés» que Donald Trump ait choisi un candidat parmi «les rares adultes» qui restent dans son administration. L’hebdomadaire juge que les propositions de réformes de M. Malpass « sont peu critiquables et que leur manque d’originalité est rassurant». En 2015, une enquête du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) du Huffington Post associé à d’autres médias, avait montré qu’en 10 ans la Banque avait failli à ses engagements de « ne pas porter préjudice aux populations ou à l’environnement», avec de graves conséquences pour certaines des populations les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète. Un constat repris en 2017 par David Malpass mais la Banque n’a jamais répondu à ses critiques devant le Congrès américain, préférant mettre en avant le fait que l’extrême pauvreté avait nettement diminué passant de 36% en 1990 à 10% en 2015. Mercredi dernier, l’intéressé s’est défendu d’être un ennemi de l’institution, rappelant que s’il avait stigmatisé par le passé « l’inefficacité» d’institutions comme la Banque mondiale, celle-ci avait, depuis, adopté des réformes allant dans le bon sens.
Il a en particulier souligné que l’institution avait accepté l’idée de « reclasser» la Chine et d’autres grands pays pour réduire leurs prêts ou modifier les taux d’intérêt. La Banque mondiale a officiellement lancé le processus de dépôt des candidatures jeudi dernier. Les prétendants au poste ont jusqu’au 14 mars pour se faire connaître.